La surpopulation mondiale : un mythe sacré de l’écologie bourgeoise.
- Julien Brunel
- 9 janv.
- 4 min de lecture
La “surpopulation mondiale” est l’un des épouvantails préférés du système capitaliste post colonial, qui refuse de regarder en face la violence sociale et écologique qu’il produit lui-même. C’est un mythe, forgé par les classes dominantes pour continuer à piller les ressources et à s’accaparer les richesses sans jamais se remettre en cause. « A nous les ressources, à vous la culpabilité et la mise en garde ».
Cette théorie permet sans trop d’efforts d’intelligence, de masquer les véritables causes, et de dédouaner les véritable coupables, de la crise écologique.

La croissance démographique concerne les pauvres, pas les pollueurs
Les populations dont la natalité est aujourd’hui la plus dynamique sont les populations plus pauvres. Or ce sont précisément celles qui ont l’empreinte écologique la plus faible.
Selon Oxfam, les 50 % les plus pauvres de l’humanité ne sont responsables que d’environ 10 % des émissions mondiales de CO₂, tandis que les 10 % les plus riches en génèrent près de 50 %. Plus frappant encore, Oxfam montre que les émissions cumulées de 50 milliardaires dépassent celles de 1,3 milliard de personnes parmi les plus pauvres.
Ces données suffisent à disqualifier toute lecture démographique de la crise écologique. Même si la population mondiale doublait, cette croissance se produirait quasi exclusivement dans les pays pauvres, avec un impact sur le climat et les ressources insignifiant par rapport à celui d’une augmentation d’à peine quelques pourcents de la population des pays riches comme la France.
Autrement dit : le problème écologique n’est pas le nombre de pauvres, mais la démesure du mode de vie des riches.
France – RDC : la démonstration par le réel
Prenons un exemple concret. En France, un habitant émet en moyenne 4,8 tonnes de CO₂ par an (données Banque mondiale / GIEC). En République démocratique du Congo, ce chiffre est de 0,03 tonne par habitant, soit environ 160 fois moins.
Cela signifie qu’un seul Français pollue autant que 160 Congolais.
Poussons le raisonnement : la population de la RDC pourrait donc être multipliée par 89, passant de 102 millions à plus de 9 milliards d’habitants (soit plus que la totalité de la population mondiale actuelle) pour atteindre seulement le niveau actuel d’émissions et de consommation des ressources de la France.
L’idée est absurde, mais le calcul est juste et il révèle une vérité politique fondamentale : l’écologie n’est absolument pas une question de démographie, mais bien du droit d’usage injuste et disproportionné des ressources mondiales entre les populations.
La surpopulation : un récit produit par le capitalisme postcolonial
Si la surpopulation continue d’occuper une place centrale dans les discours dominants, c’est parce qu’elle permet de dépolitiser la crise écologique.
En mettant en accusation la natalité des pays du Sud, ce récit évite soigneusement de nommer le cœur du problème : un système économique capitaliste postcolonial qui organise le pillage structurel des pays pauvres au profit des classes dominantes du Nord.
Extraction et pillage des ressources, accaparement des terres, chaînes de valeur profondément inégalitaires, dette, dumping agricole, destruction des économies vivrières : ce sont les rouages centraux d’un logiciel capitaliste postcolonial qui continue d’organiser le pillage des pays pauvres et l’accaparement de leurs richesses. Ces mécanismes sont largement documentés par la Banque mondiale elle-même. Ils maintiennent artificiellement des milliards de personnes dans la précarité, la pauvreté et souvent la misère, tout en alimentant les niveaux de consommation insoutenables des pays riches.
Les écarts de natalité entre le Nord et le Sud ne sont donc pas un « retard » culturel ou démographique, mais le produit direct de rapports de domination économiques et historiques.
Bloquer la transition démographique pour mieux la dénoncer
Le GIEC le rappelle régulièrement : la dynamique démographique mondiale est déjà engagée vers une stabilisation au cours du XXIᵉ siècle. Partout où les conditions de vie s’améliorent de manière justes et équitables, la mortalité et la natalité reculent.
Cette transition démographique repose sur des facteurs connus et constants :
accès à l’éducation,
droits et autonomie des femmes,
sécurité alimentaire,
accès aux soins,
stabilité économique.
Or, le fonctionnement même du capitalisme néocolonial exerce une violence structurelle sur les pays pauvres qui empêche leurs populations d’améliorer leurs conditions vie. La charité occidentale, et aussi la nécessité pour le capitalisme néocolonial de disposer d’une force de travail à bas coût, a vu les conditions de vie de certaines populations s’améliorer très légèrement, entrainant ainsi une basse relative des décès. Mais comme les populations sont malgré tout maintenues dans une situations interminable d’extrême pauvreté et de dépendance structurelle qui les empêche de boucler leur transition démographique.

Les classes dominantes mondiales empêchent l’achèvement de cette transition et la surpopulation devient ainsi un outil rhétorique de domination pour renverser injustement la culpabilité sur les questions des crise climatiques, écologiques et agricoles, dans une logique implacable de perpétuation des privilèges.
Les écarts de natalité entre le Nord et le Sud ne sont donc pas un « retard » culturel ou démographique, mais le produit direct de rapports de domination économiques et historiques.
Pour une écologie explicitement anticoloniale et égalitaire
La planète n’est pas surpeuplée. Elle est surexploitée par une classe dominante, dans un ordre mondial profondément inégalitaire.
L’enjeu écologique central est politique et non démographique. Il nous revient de :
mettre un terme aux rapports de domination Nord-Sud,
mettre fin à l’accaparement et à la concentration des richesses,
rationaliser la consommation des classes dominantes,
garantir partout une meilleure répartition des richesses l’élévation des conditions de vie.
C’est à cette condition, et à cette condition seulement, que la transition démographique s’achèvera naturellement et que l’humanité pourra envisager de vivre sereinent dans les limites planétaires.
La surpopulation mondiale n’est pas un danger écologique. Elle est un mythe idéologique, mobilisé par le logiciel néocolonial bourgeois, pour déplacer la responsabilité de la crise climatique vers les plus pauvres et éviter toute remise en cause du capitalisme globalisé.
L’urgence écologique n’exige pas qu’il ait moins d’humains, mais qu’il y ait moins de domination, moins de prédation, moins d’inégalités, et beaucoup plus de justice.
Par Julien Brunel