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Pour une Zohranisation de la gauche française : la gauche de rupture face à la gauche d’accompagnement et à l’ordre établi

  • Photo du rédacteur: Julien Brunel
    Julien Brunel
  • 19 nov. 2025
  • 4 min de lecture

La victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York n’est pas un épiphénomène local dans le grand théâtre politique américain. C’est un séisme symbolique. Dans une Amérique encore secouée par le retour triomphal de Donald Trump et la débâcle de Kamala Harris, le succès d’un candidat de gauche radicale, musulman, jeune et profondément ancré dans les luttes sociales, résonne comme une preuve éclatante : la ligne de rupture à gauche n’est pas une impasse, mieux qu’un espoir, elle est une solution.



Depuis trop longtemps, une partie de la gauche occidentale s’est convaincue qu’il fallait se “rendre crédible” pour gagner. Oui, mais crédible aux yeux de qui ? Crédible aux yeux des marchés, des médias, des classes dirigeantes, de “l’opinion raisonnable”. On a donc mis de côté la conflictualité, le discours anticapitaliste, la critique des structures de domination. On a préféré le compromis au courage, la gestion à la transformation, la stratégie d’appareil à la dynamique populaire.


Mais l’histoire, parfois, se venge. Car pendant que les “gauchistes raisonnables” s’appliquaient à ne pas faire peur, la colère du peuple, elle, continue de gronder, monte et faute de débouché politique « crédible » à gauche, elle se reporte l’extrême droite.


Heureusement, une autre gauche, celle des marges, des luttes locales, des quartiers, une gauche irrévérencieuse, déterminée, une gauche dont personne ne voulait, même pas la gauche ! s’est soulevée, se soulève chaque jour et démontre qu’elle la seule vraie réponse « crédible » à la faillite du système capitaliste et social-démocrate, et le seul vrai rempart à la peste brune de l’extrême droite qui revient menacer nos démocraties, portés par ses relents mortifères historiques remasterisés à la sauce « Trump ».


Zohran Mamdani appartient à cette génération de dirigeants qui ne cherchent pas à “rassurer” le système, mais à le renverser. Son élection, face à un ancien gouverneur de la gauche d’accompagnement comme Andrew Cuomo et à une droite trumpiste toujours agressive, prouve qu’un autre rapport de force est possible. Il a fait campagne sur la justice sociale, le logement, la santé publique, la démocratie participative, la fin des privilèges, et il a gagné. Non pas malgré cette radicalité, mais grâce à elle.


Ce n’est pas un hasard : il a su rallier à lui une coalition sociale que la gauche institutionnelle a perdue, classes populaires, jeunes, minorités, travailleurs précaires. C’est la gauche qui parle de la vie réelle, pas celle qui se perd dans les nuances technocratiques.



Alors bien sûr, les États-Unis ne sont pas la France. Mais les dynamiques, elles, se répondent. De la même manière que l’extrême droite française s’est “trumpisée”, la gauche française, si elle veut exister autrement que comme un souvenir, doit envisager sa “Zohranisation”. Non pas copier un modèle américain, mais retrouver une boussole : celle de la rupture. Rompre avec l’ordre néolibéral, avec la résignation politique, avec le consensus qui paralyse. Rompre avec cette gauche qui ne croit plus à rien, sinon à sa propre survie électorale.


Parce qu’il ne s’agit plus de “gérer le capitalisme”, mais de le combattre. Il ne s’agit plus de “négocier” avec les structures de domination, mais de les abolir : patriarcat, racisme systémique, extractivisme, impérialisme économique. Tous participent du même ordre : celui qui détruit les humains, les écosystèmes et les solidarités.


Face à cet ordre établi, féroce et globalisé, la radicalité n’est pas un excès. C’est une réponse proportionnée, nécessité vitale.


L’écologie politique, lorsqu’elle se souvient de ce qu’elle est, porte en elle cette rupture. Pas une écologie de bonne conscience, de tri sélectif et de labels, mais une écologie de classe, consciente que la crise climatique est d’abord une crise du capitalisme. Le combat pour la planète est indissociable du combat contre les dominations : celles du capital sur le travail, du Nord sur le Sud, du profit sur le vivant.


Le succès de Mamdani devrait nous inspirer, non pour rêver d’un “New York sur Adour”, mais pour comprendre ce qu’il dit du monde qui vient. Les peuples ne veulent plus d’une gauche qui s’excuse d’être de gauche. Ils ne veulent plus de compromis avec la violence du système. Ils veulent des voix qui parlent vrai, qui nomment les adversaires, qui refusent la soumission culturelle à l’idéologie du marché.


Nous entrons dans un temps où les lignes de fracture s’aiguisent. D’un côté, la gauche gestionnaire, convertie à la “raison” libérale, qui croit qu’on peut réparer le système sans le déranger. De l’autre, la gauche de rupture, celle des mouvements sociaux, des syndicats combatifs, des luttes écologistes et féministes, des territoires insurgés, qui sait qu’il faut changer les règles du jeu.


Entre ces deux voies, le choix n’est pas seulement stratégique, il est moral. La victoire de Zohran Mamdani, c’est la preuve vivante que la cohérence, la radicalité et la clarté idéologique peuvent rassembler et gagner.


Et si la France de gauche veut encore jouer un rôle historique, il est temps qu’elle arrête d’avoir peur de son ombre. Parce que le monde n’a pas besoin d’une gauche “raisonnable”. Il a besoin d’une gauche intransigeante, joyeuse, anticapitaliste et déterminée à tout renverser pour reconstruire.


par Julien Brunel

 
 
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