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Refuser la peur, refuser le fascisme.

  • 6 mars
  • 2 min de lecture

Je milite à La France insoumise depuis des années. J’ai l’habitude des débats durs, des caricatures, des désaccords frontaux. Mais ces derniers jours, quelque chose a changé. Des ami·es ont reçu des menaces de mort. Notre siège a été visé par une alerte à la bombe. Une alerte à la bombe, contre un mouvement politique d’opposition. Et pendant que je rassure des proches, que je lis des messages violents envoyés à des camarades, j’allume la télévision et j’entends le même refrain : “climat”, “responsabilité morale”, “discours dangereux”. On ne dit pas toujours que nous sommes coupables de la mort de Quentin Deranques. On le suggère. On le laisse flotter. On installe l’idée.


Ce glissement me glace. Parce qu’il est ancien. Dans les années 1930, le régime de Adolf Hitler a commencé par fabriquer un récit : celui d’un ennemi intérieur responsable des malheurs collectifs. Je ne confonds pas les époques. Je parle d’un mécanisme. Celui qui consiste à rendre un camp politique moralement coupable, collectivement, sans justice, sans preuve, par simple répétition. On simplifie, on amalgame, on essentialise. Et certains finissent par se sentir autorisés.


Je ne dis pas que des éditorialistes posent des bombes. Je dis que les mots créent un climat. Quand des responsables politiques et des médias choisissent de faire d’un mouvement le responsable implicite d’un drame, ils jouent avec quelque chose de dangereux. Et qui prospère dans ce climat ? L’extrême droite. Celle qui vit de la désignation permanente, qui hiérarchise les citoyens, qui cherche des ennemis intérieurs, qui banalise l’autoritarisme et affaiblit les contre-pouvoirs. À force de vouloir affaiblir un adversaire à gauche, certains reprennent, consciemment ou non, cette logique de stigmatisation collective.


Ce qui me frappe aussi, c’est le silence ou l’ambiguïté d’une partie du reste de la classe politique. Peu nombreux sont celles et ceux qui ont condamné clairement les menaces visant des militant·es ou l’alerte à la bombe contre notre siège. Beaucoup préfèrent laisser prospérer l’amalgame, espérant en tirer un bénéfice électoral à court terme. Cette stratégie est dangereuse. Se taire quand un mouvement d’opposition est désigné comme coupable sans preuve, c’est accepter que la stigmatisation devienne un outil politique. Refuser de défendre un principe de base, la responsabilité individuelle et judiciaire, par calcul ou par opportunisme, c’est abandonner le terrain démocratique à ceux qui vivent de la peur et de la division.


Au fond, cette séquence révèle un affrontement plus profond. Celui d’un bloc populaire qui réclame davantage de justice sociale, de redistribution, de services publics, face à un bloc de pouvoir qui défend l’ordre établi. Quand les intérêts dominants se sentent contestés, la réponse n’est pas toujours le débat sur le fond : elle est souvent la disqualification morale. On construit l’idée d’un camp “dangereux”, on entretient la peur, on détourne la colère sociale vers des boucs émissaires. Et c’est là que la dérive devient inquiétante : car à force de polariser ainsi, à force de jouer avec les réflexes identitaires et sécuritaires, on banalise des logiques racistes et autoritaires qui structurent historiquement l’extrême droite. Ce n’est plus seulement un désaccord politique, c’est un rapport de domination qui cherche à se maintenir.



Charlene Delacour - Bloc Populaire

 
 
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