Un youtubeur se présente à la primaire de la gauche.
- 2 mars
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À un peu plus d’un an de la présidentielle de 2027, la primaire des « unitaires de gauche » s’organise dans les antres discrètes des appareils. Aux côtés de figures installées comme François Ruffin, Clémentine Autain et Marine Tondelier, une candidature atypique s’est glissée dans le décor : celle de Tristan Dhellemmes, vidéaste politique plus connu sous le nom BadMulch. Observateur assidu de la vie publique, sa série Pourquoi le peuple a perdu en 2022 en atteste, il a décidé de quitter la tribune numérique pour entrer dans l’arène et briguer l’investiture pour la présidentielle.
Comme en 1981 avec Coluche, l’irruption d’un candidat hors appareil partisan prête à sourire. Pourtant, si l’on prend au mot l’ambition d’ouverture du Front Populaire 2027, “nous souhaitons que cette désignation ne soit pas seulement celle des partis” lisait leur communiqué du 24 janvier dernier, son profil n’a rien d’incongru : candidat issu de la société civile, posture de renouvellement générationnel, programme simple: le contrat de législature du NFP de 2024. Sa candidature semble pour l’instant se heurter au plafond de la « respectabilité ».
Le paradoxe est là : l’histoire du youtubeur défiant des professionnels aguerris a tout du récit que les rédactions pourraient affectionner. Les organisateurs auraient même intérêt à l’intégrer pleinement au jeu, comme ils le font pour un Olivier Faure malgré les remous qu’il suscite au PS : ouvrir la porte à une figure d’internet, c’est aussi tendre la main à toute la jeunesse politisée ces derniers davantage par les réseaux sociaux que par les médias traditionnels bollorisés.
Reste la question stratégique. Dans un paysage déjà fragmenté entre une candidature LFI, celle d’un Glucksmann en embuscade, et l’hypothétique candidat du PCF, ajouter le vainqueur de la primaire risque d’accentuer la dispersion des voix et de compromettre l’accès de la gauche au second tour. Or la primaire est vendu par ses organisateurs comme une solution à cette équation. Pourtant, aucun candidat n’a promis de se retirer s’il se retrouvait distancé dans les sondages dans les dernières semaines avant le premier tour. Aucun… sauf un: BadMulch.
On lit sur son site de campagne “je mettrai tout en œuvre pour que les votes que je reçois à cette primaire la plus large possible puissent être donnés à la présidentielle au candidat en tête de la gauche, que ce soit moi ou non”, exposant en creux le flou tactique de ses rivaux, et peut-être la raison de leur réserve à son égard.
L’obstacle principale à la candidature de Tristan Dhellemmes a été posé en janvier: 500 parrainages d’élus nécessaires pour se présenter à la primaire.
Il a de suite lancé la collecte et obtenu dès le premier jour le soutien d’Ugo Bernalicis, député LFI, et plus récemment celui de Manuel Bompard dans un tweet.
L’ascension vers les 500 signatures sera rude, mais pas impossible.
Reste à voir si cette candidature demeurera une curiosité numérique ou si elle parviendra à forcer les portes d’un système qui aime se prétendre ouvert, même si tout semble indiquer le contraire.