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"À bas la bourgeoisie" concerne aussi vos parents ! Combattre les méthodes bourgeoises dans le milieu militant universitaire.

  • 27 févr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 févr.

Chez les étudiants, les slogans anticapitalistes ont le vent en poupe. Les résultats des élections CROUS du 5 février consacrent une montée indéniable des organisations se revendiquant de la lutte des classes.

Cela pourrait laisser penser à une meilleure prise en compte des violences classistes au sein de nos organisations.


La réalité est tout autre. Paradoxalement, j'estime que ces résultats ne mettent en avant que l'existence de discriminations de classe au sein du monde militant universitaire.J'irais même jusqu'à dire que nos organisations co-construisent un entre-soi bourgeois.

Je propose ici de pointer du doigt les violences symboliques classistes, héritières d'une université excluante pour les plus pauvres, logique à laquelle les groupes militants étudiants n'ont pas échappés.


Cette éviction des étudiants prolétaires aboutit à la création d'un habitus militant bourgeois. J'entends par cette notion l'existence de méthodes militantes jugées légitimes, héritées d'une longue histoire militante sur nos campus qui pourtant répercutent des violences de classe.


Ce sont celles-ci qui justifient les montées en responsabilités jusqu'aux plus hauts niveaux. C'est par ces méthodes exercées et légitimées que les cadres militants sélectionnés restent majoritairement issus de la bourgeoisie.


Il existe un héritage militant important au sein des organisations étudiantes. Au fil des ans et des luttes, des codes, des normes et des méthodes se sont mis en place dans notre militantisme. Celles-ci ne sont que l'héritage de périodes où seulement les plus riches accédaient aux universités pendant que nos parents, eux, en étaient exclus. Les méthodes étudiantes de lutte anticapitaliste ont été créé par des bourgeois pour des bourgeois.

Dans l'imaginaire militant, Mai 68 reste un symbole de combativité. Combien d'AG étudiantes se sont organisées en référence à ce mouvement ? Combien d'étudiants ont occupé leur fac pour copier la lutte exemplaire de la bande à Dany le Rouge ?

Seulement, quel type de militant peut passer plusieurs nuits enfermé dans un lieu d'étude ?

Ni les étudiants travailleurs, ni les étudiants à qui la bourse est conditionnelle à la présence aux cours ne peuvent s'y risquer.


Il n'est pas question de nier l'intérêt d'une occupation dans nos méthodes de lutte, mais simplement d'interroger ces modes d'action historique, et surtout légitimés, qui excluent de manière indirecte les étudiants les plus précaires.

Ces réflexions sont nécessaires pour que, collectivement, nous prenions en compte nos habitudes militantes excluantes ou stigmatisantes.


De plus, combien d'entre nous avons fait l'éloge d'un camarade pour son investissement dans la lutte ?

Pourtant, le temps militant est un luxe bourgeois.

Alors, la figure du bon militant exclut tous ceux qui ne peuvent pas consacrer ce temps-là au combat politique.

Aux camarades présents dans nos luttes à qui on reproche de ne pas sécher les cours pour aller en AG, à qui on reproche de ne pas bâcler un devoir pour distribuer un tract ou à qui on reproche de ne pas avoir rogné sur leur temps de sommeil pour aller bloquer ont bien plus de mérite à s'engager que les camarades les plus légitimés issus de la bourgeoisie de gauche.

La violence de classe du monde militant étudiant est une réalité qu'il faut prendre en compte.

Dire "Ne pas sécher est un choix égoïste, la lutte nous dépasse" peut stigmatiser un travailleur étudiant. La figure du bon militant reste, au même titre que celle de la pureté militante, un outil des militants bourgeois pour asseoir leur domination au détriment des étudiants prolétaires.

Il faut ensuite reconnaître la difficulté à prendre acte de son statut de bourgeois dans l'environnement militant. Il est difficile d'avoir le recul nécessaire à la reconnaissance d'un statut de dominant.


La première raison paraît évidente. Dans notre lutte politique, le bourgeois représente l'adversaire, l'ennemi à combattre. Se reconnaître comme appartenant à cette catégorie revient donc à se placer de l'autre côté de la barricade, dans la position qui n'est pas légitimée, dans la position du dominant.

La seconde raison s'explique à mon sens par la facilité à toujours trouver plus bourgeois que soi. La pyramide sociale est très utile aux militants étudiants de gauche. En effet, quel que soit l'échelon dans lequel on se trouve, en levant les yeux, on peut apercevoir un étage supplémentaire. Il est donc facile d'y projeter le stigmate de la bourgeoisie sans s'interroger sur ses propres rapports de domination.

Enfin la dernière raison concerne l'existence d'une précarité y compris au sein d'un milieu bourgeois. Elle suffit à donner la légitimité aux bourgeois pour se saisir de nos outils de lutte.


En ce sens, la sociologie nous apporte des éléments nous permettant d'intégrer à la réflexion la pluralité des capitaux. Malheureusement, le capital financier reste le plus visible, le mieux ressenti et le mieux appréhendé. Quid du capital culturel ? Du réseau dont on dispose ? Des origines sociales de nos parents ou encore des normes et codes intériorisés ?


Ainsi, parler de la précarité étudiante en abordant uniquement les chiffres globaux de la précarité, sans aucune autre perspective, est un outil au service de la bourgeoisie. Cela met en avant uniquement les injustices subies également par la bourgeoisie sans parler du travail salarié conjoint aux études ou aux inégalités entre les lieux d'études.

Il est facile de reconnaître aujourd'hui que c'est cette lecture bourgeoise qui nous ait proposé par les syndicats dominants.

Profitons-en pour revenir sur la notion de syndicat étudiant. Celle-ci construit l'idée d'une classe étudiante. Pourtant, comme tout groupe qui n'intègre pas la notion de lutte des classes, les étudiants sont divisés par des rapports de domination de classe. En toute circonstance les étudiants bourgeois profite de l'échec des étudiants prolétaire pour gravir les étapes de la sélection.


Ces éléments favorisent également l'homogénéisation gravissime en une seule "classe sociale étudiante". Ils invisibilisent les dominations et donc les violences qui en découlent. Certaines luttes comme le féminisme ou l'antiracisme ont permis de questionner les dominants sur les violences systémiques qu'ils et elles exercent. La difficulté de se considérer comme dominant dans notre cas empêche cette réflexion nécessaire. Elle empêche l'intégration dans ces milieux, de militants travailleurs, populaires, prolétaires pourtant au cœur de la lutte des classes. On assiste donc à la création d'un espace de lutte prônant l'intégration d'une classe tout en organisant son exclusion.

C'est en intégrant les étudiants prolétaires que nous saurons développer les outils de lutte propices à la victoire.


Pour toutes ces raisons, le mépris de classe est une discrimination légitimée dans les organisations étudiantes. Elle s'aperçoit concrètement dans la non-représentativité et l'exclusion des étudiants travailleurs au sein des postes à responsabilité de nos organisations. Elle se voit aussi dans le refus de réflexion collective sur le sujet.

Nous passerons sur les références, blagues ou mises en avant d'une culture légitime militante. L'exclusion des classes travailleuses est le cancer des luttes étudiantes et la violence symbolique de classe en est une des métastases.


Ce texte est un appel à une réflexion collective autour de toute notre violence intériorisée. C'est en rendant nos espaces de lutte inclusifs que nous pourrons lutter efficacement contre la bourgeoisie organisée.

Sans désigner de coupable autre que le système capitaliste, l'article cherche ici à dénoncer un rapport de domination peu évoqué dans nos milieux militants. Il ne dresse pas une liste de coupables mais appelle à une prise de conscience généralisée de nos privilèges, de nos classes, de nos genres et de nos races.

L'absence de travailleurs au sein des orgas étudiantes quelle qu'elles soient favorise la violence de classe.


C'est ainsi que les partis politiques l'ayant pris en compte représentent un rempart. En mélangeant les étudiants et les travailleurs, ils favorisent la mise en action de camarades étudiants issus de milieux moins favorisés.

Les partis politiques doivent s'éloigner de ces méthodes destructrices. La pire perspective pour les organisations de jeunesse serait de copier les écueils des luttes étudiantes.

Ainsi, il est nécessaire pour qu'une organisation soit viable de s'emparer de ces sujets, de prendre à bras le corps la lutte contre les violences de classe et de refuser la main mise d'une bourgeoisie de gauche sur nos outils de lutte.


La diversité sociale au sein du milieu militant étudiant doit être appréhendée de façon à reconnaître les enjeux de classe internes nécessaire à l'inclusion pleine et entière.

Les discussions et les débats de fond doivent être au cœur d'une réflexion collective sensibilisant au danger que représentent actuellement nos modes de fonctionnement pour notre classe. La bourgeoisie étudiante est un frein à la mobilisation.



Arthur Pedeboscq - Bloc Populaire

 
 
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