Cisjordanie : Netanyahu annonce "boucler" entièrement la Cisjordanie et déplacer les habitant·es d’Hébron après une attaque armée.

Après une attaque armée près d’Hébron, qui a coûté la vie à deux soldats israéliens selon l’armée, Benyamin Netanyahu annonce le déplacement d’habitant·es de la ville dans le cadre des opérations israéliennes et demande la préparation d’un bouclage total de la Cisjordanie occupée. Une nouvelle escalade qui menace des millions de Palestinien·nes et s’inscrit dans la continuité d’une politique de colonisation et de dépossession des terres palestiniennes.
Vendredi 23 octobre, deux Palestiniens ont ouvert le feu près d’un checkpoint militaire israélien, au carrefour de Yehuda, dans la région d’Hébron, au sud de la Cisjordanie occupée. Selon les informations rapportées par l’AFP, l’attaque a fait plusieurs blessés. L’armée israélienne a également annoncé la mort de deux de ses soldats à la suite de l’attaque.
En réponse, Benyamin Netanyahu a ordonné le bouclage d’Hébron, annoncé que des habitant·es seraient déplacé·es dans le cadre des opérations israéliennes et demandé la préparation d’une fermeture totale de la Cisjordanie occupée. Ces mesures pourraient restreindre encore davantage les déplacements de millions de Palestinien·nes, déjà soumis à un système de checkpoints, de permis, de routes séparées et de restrictions de circulation imposées par la puissance occupante. Cette attaque armée ne saurait justifier le déplacement de populations civiles ni une nouvelle punition collective.
Une punition collective au nom de la "sécurité d'Israël".
Cinq personnes blessées constituent un fait grave. Mais boucler toute la Cisjordanie pour répondre à une attaque commise par deux hommes revient à faire peser les conséquences d’un acte armé et isolé sur une population entière.
Le droit international et humanitaire interdit les peines collectives. L’article 3 de la 4ème Convention de Genève stipule qu’aucune personne ne peut être punie pour une infraction qu’elle n’a pas personnellement commise. Un bouclage généralisé, discriminatoire et disproportionné relevée de la punition collective interdite interdite dans le doit international. Il faut dire que ce droit est sans cesse bafoué par l'État israélien depuis sa création.
La Cisjordanie est déjà morcelée par Israël et par la force avec des checkpoints par centaines, des barrières, des barrages routiers et des régimes de permis. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), 925 obstacles à la circulation y étaient recensés en décembre 2025, affectant les déplacements de 3,4 millions de Palestinien·nes. Ces dispositifs rendent quasiment impossible l’accès, pour les Palestinien·nes, au travail, aux soins, aux établissements scolaires et aux terres agricoles.
Un bouclage total aggraverait cette fragmentation. Il risquerait d’enfermer davantage les populations dans des enclaves, de désorganiser la vie quotidienne et d’entraver les déplacements indispensables. La sécurité ne peut servir de justification générale à la privation de liberté de tout un peuple.
Depuis 1967, une occupation devenue un système de dépossession.
Pour comprendre ce qui se joue aujourd’hui, il faut replacer cette décision dans l’histoire de la colonisation israélienne des territoires palestiniens.
Depuis la guerre de juin 1967, Israël occupe la Cisjordanie, Jérusalem-Est et Gaza. Au fil des décennies, les colonies israéliennes se sont multipliées en Cisjordanie, accompagnées de confiscations de terres, de restrictions de circulation et d’une fragmentation progressive du territoire palestinien. Les accords d’Oslo des années 1990, loin de mettre fin à l’occupation, ont laissé perdurer le contrôle israélien sur une grande partie du territoire sans permettre l’établissement d’un État palestinien souverain.
Les checkpoints ne sont donc pas de simples installations militaires isolées. Ils s’inscrivent dans un système de contrôle territorial qui détermine les déplacements possibles des Palestinien·nes, leur accès aux ressources et leurs relations avec les autres communautés. Ce système fonctionne parallèlement à des infrastructures et à des régimes juridiques distincts pour les colons israéliens et les populations palestiniennes.
En juillet 2024, la Cour internationale de Justice a conclu que la présence continue d’Israël dans le territoire palestinien occupé était illégale. Elle a également estimé que les politiques de colonisation, les mesures d’annexion et les dispositifs discriminatoires violaient le droit international, notamment le droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
Les checkpoints et les restrictions de circulation doivent être appréciés dans ce contexte. Les installations militaires ne peuvent servir à consolider une occupation illégale ni à imposer des restrictions contraires aux obligations internationales d’Israël.
Les colons ultranationalistes, acteurs de la dépossession.
La pression exercée sur les Palestinien·nes ne provient pas uniquement des opérations militaires et des restrictions de circulation. Elle passe également par les violences de groupes de colons ultranationalistes, dont les agressions, les incendies, les destructions de biens et les intimidations contribuent à chasser des familles de leurs terres.
Des organisations de défense des droits humains et journalistes du mon entier ont documenté des violences commises par des colons, ainsi que l’insuffisance des poursuites contre leurs auteurs. Dans plusieurs situations, les forces israéliennes ont été accusées de tolérer ces violences, de ne pas protéger les communautés palestiniennes ou d’y participer.
Ce contexte est essentiel car, alors que les Palestinien·nes subissent des restrictions massives au nom de la sécurité, des groupes de colons peuvent exercer des violences contribuant à leur dépossession sans être aucunement poursuivis. Le pouvoir israélien ne se contente donc pas de gérer une situation sécuritaire. Ses politiques territoriales et la protection accordée aux groupes de colons participent à la consolidation de la colonisation.
À l’approche des élections, Netanyahu joue la surenchère sécuritaire.
Le calendrier politique n’est pas anodin. À l’approche des élections législatives israéliennes, Netanyahu annonce une mesure spectaculaire, susceptible de renforcer le discours sécuritaire de son gouvernement et de satisfaire les courants les plus durs de sa coalition.
L’attaque près d’Hébron devient ainsi le prétexte à une mesure dont les conséquences pourraient dépasser très largement les circonstances de l’incident. Plutôt que de limiter sa réponse à une enquête et à des mesures individualisées conformes au droit, le gouvernement prépare une fermeture qui menace de toucher une population entière.
Cette logique alimente un cercle de violence et en Cisjordanie, les politiques de colonisation, les déplacements forcés et la discrimination systémique montrent que la question palestinienne ne se réduit pas à une succession d’incidents sécuritaires. Elle concerne le droit d’un peuple à vivre sur sa terre, à circuler librement et à disposer de lui-même.
La sécurité ne justifie pas la punition d’un peuple.
La fin des violences ne pourra pas être obtenue par l’enfermement d’une population sous occupation. Elle exige la fin de la colonisation, le démantèlement du système d’apartheid dénoncé par les instances internationales, la protection effective des civils et le respect du droit du peuple palestinien à l’autodétermination.
Il ne peut y avoir de paix durable sans justice. Et il ne peut y avoir de justice tant que l’occupation, la colonisation et la dépossession continuent de structurer la vie des Palestinien·nes.
L'équipe éditoriale du Bloc Populaire.


