Gaza : « Trois ans et le compte continue ! » : l’œuvre bouleversante de Nada Rajab face au génocide.

Depuis Gaza, l’artiste palestinienne Nada Rajab documente à travers ses œuvres la réalité du génocide depuis le 7 octobre 2023. Trois ans plus tard, elle reprend presque à l’identique un dessin réalisé l’année précédente. Un geste artistique qui témoigne de l’enfermement dans une violence qui ne cesse de se répéter, tandis que la population attend toujours de pouvoir vivre.
Trois années de destruction, de deuil et d'attente. Trois années durant lesquelles les annonces diplomatiques se succèdent sans que la population palestinienne puisse retrouver une vie normale. Pour Nada Rajab, artiste palestinienne de Gaza, cette répétition est devenue le sujet même de son travail artistique. À travers une nouvelle œuvre intitulée « Trois ans et le compte continue ! », elle exprime l'épuisement et l'impuissance face à une réalité qui semble ne jamais prendre fin.
Dans un témoignage accompagnant sa création, elle écrit :
« Je crois que nous continuerons à tourner dans le cycle du génocide jusqu’à la fin de nos vies, dans une attente interminable, sans jamais savoir quand la vie elle-même pourra enfin commencer. En tant qu’artiste, je documente depuis le 7 octobre 2023 la réalité que je vis à Gaza. Aujourd’hui, je me suis retrouvée incapable d’exprimer, à travers une seule œuvre, toute la profondeur de ce que je ressens. Les mots comme les images me semblent insuffisants.
De fausses annonces de cessez-le-feu continuent de circuler, tandis que des centaines d’enfants, de femmes et de jeunes innocents ont perdu la vie sous les bombardements aériens. Dans le même temps, des informations dont la fiabilité reste incertaine évoquent des projets visant à organiser une nouvelle famine à Gaza. Si ces informations se confirment, cela signifierait que l’occupation israélienne s’apprête à soumettre, pour la troisième fois, la population de Gaza à la famine.
Je suis restée longtemps assise, à chercher le titre juste pour cette œuvre. Jusqu’à ce que je réalise que j’avais dessiné presque exactement la même image l’année précédente. Mais aujourd’hui, je la dessine avec un sentiment encore plus profond d'angoisse, de frustration et d'impuissance.
2023–2026. Et pourtant, le génocide continue.
Trois années ont passé, et nous attendons toujours que la vie commence. »
Une image qui se répète, une réalité qui ne change pas

Le choix de reprendre presque exactement le même dessin que l'année précédente est particulièrement révélateur. Pour Nada Rajab, il ne s'agit pas simplement de reproduire une œuvre, mais de témoigner d'une réalité qui se prolonge. L'image devient le symbole d'un temps suspendu, dans lequel les promesses de cessez-le-feu ne suffisent pas à faire disparaître la violence ni à rendre aux Palestiniennes et aux Palestiniens les conditions d'une existence digne.
L'art devient alors un moyen de documenter ce que les discours politiques et diplomatiques ne peuvent pleinement restituer : l'expérience quotidienne de celles et ceux qui vivent sous les bombardements, dans la peur, le deuil et l'incertitude.
À travers cette œuvre, Nada Rajab rappelle que derrière les annonces, les négociations et les déclarations internationales, il y a une population qui attend toujours de pouvoir vivre.
Nada Rajab, artiste à Gaza.

À Gaza, un génocide est en cours. Derrière les destructions, ce sont des vies, des familles, des histoires et des existences entières qui sont menacées. Nada Rajab est une artiste palestinienne qui tente de survivre et travailler dans ces conditions.
Aidons-la concrètement : chaque contribution à sa cagnotte peut compter.
Soutenir Nada pour l’aider à survivre à Gaza : https://www.gofundme.com/f/Support-Nada
English version :
Gaza : “Three Years and Counting!” - Nada Rajab’s Moving Artwork Amid the Ongoing Genocide.
From Gaza, Palestinian artist Nada Rajab has been documenting the reality of the genocide through her artwork since October 7, 2023. Three years later, she has recreated almost exactly the same drawing she made the previous year. An artistic gesture that bears witness to being trapped in a violence that never seems to end, while the population continues to wait for the chance to live.
Three years of destruction, mourning and waiting. Three years during which diplomatic announcements have continued to come and go, without the Palestinian population being able to return to a normal life. For Nada Rajab, a Palestinian artist from Gaza, this repetition has become the very subject of her artistic work. Through a new piece entitled “Three Years and Counting!”, she expresses the exhaustion and helplessness of facing a reality that seems to have no end.
In a statement accompanying her artwork, she writes:
“I believe we will keep circling the cycle of genocide until our lives come to an end, endlessly waiting for life itself to begin. As an artist, I have been documenting the reality I have lived through in Gaza since October 7, 2023. Today, I found myself unable to express, through a single artwork, the full depth of what I feel. Words and images both seem inadequate.
False announcements of ceasefires continue to circulate, while hundreds of innocent children, women, and young people have lost their lives in airstrikes. Meanwhile, reports whose accuracy remains uncertain speak of plans to engineer famine in Gaza once again. If these reports prove true, it would mean that the Israeli occupation is preparing to subject Gaza’s population to starvation for the third time.
I sat for a long time, searching for the right title for this piece, only to realize that I had drawn almost exactly the same image the previous year. Yet today, I draw it with an even deeper sense of anguish, frustration, and helplessness.
2023–2026. And yet, the genocide continues.
Three years have passed, and we are still waiting for life to begin.”
An image that repeats itself, a reality that remains unchanged
The decision to recreate almost exactly the same drawing as the previous year is particularly revealing. For Nada Rajab, this is not simply about reproducing an artwork, but about bearing witness to a reality that continues to unfold. The image becomes a symbol of suspended time, in which ceasefire promises are not enough to put an end to the violence or restore the conditions necessary for Palestinians to live with dignity.
Art thus becomes a means of documenting what political and diplomatic discourse cannot fully convey: the daily experience of those living under bombardment, amid fear, grief and uncertainty.
Through this artwork, Nada Rajab reminds us that behind the announcements, negotiations and international statements lies a population still waiting for the chance to live.
Nada Rajab


