Jimmy J : « Le changement vient du peuple, mais celui-ci n’est pas assez en colère pour le faire advenir. »

1. Qu’est-ce qui a déclenché votre engagement militant ?
Eh bien, je suis palestinien, je n’avais donc pas le choix. Je me suis rendu en Palestine en 2017, et quand j’ai enfin compris ce qui se passait, j’ai su que je devais faire entendre ma voix et m’impliquer davantage. J’étais jeune, mais j’ai pris conscience que le fait d’être palestinien représentait un poids énorme pour mon peuple. Ma curiosité n’a fait que grandir à partir de là.
2. Pour qui agissez-vous principalement ?
Je m’implique dans de nombreuses communautés. Principalement la communauté pro-palestinienne, mais je m’intéresse également à la politique américaine afin d’aider davantage de candidats pro-palestiniens à se présenter et à se faire élire au Congrès, pour qu’ils puissent contribuer à faire évoluer les choses.
3. À quoi ressemble la réussite personnelle dans votre rôle de militante ?
Je mesure ma réussite personnelle au fait qu’aucun enfant ne souffre de la faim ou ne soit en danger. Personnellement, je la mesure à l’aune de la liberté du peuple palestinien de disposer d’une patrie sans crainte ni danger, où il puisse vivre dans la prospérité et l’autodétermination.
4. Comment choisissez-vous vos méthodes ?
Je suis principalement active sur les réseaux sociaux, mais j’ai également travaillé pour des comités d’action politique (PAC) et contribué à lancer des initiatives visant à collecter des fonds pour la Palestine, tant en ligne qu’au niveau local.
5. Selon vous, qui détient le véritable pouvoir ?
Le changement vient du peuple, mais celui-ci n’est pas assez en colère pour le faire advenir. Lorsque les gens me parlent en privé, loin des réseaux sociaux, la réaction que j’obtiens après notre discussion est souvent : « Je ne savais pas ça » ou « Je n’y avais jamais pensé comme ça ».
6. D’après votre expérience, comment avez-vous géré les obstacles systémiques rencontrés dans votre militantisme ?
Cela a eu des répercussions sur ma santé mentale, mais il faut savoir doser ses efforts. Il y a des bons et des mauvais jours, mais même dans vos pires moments, votre situation n’est pas aussi grave que celle d’un Palestinien à Gaza. Cela permet de remettre les choses en perspective.
7. Quel événement ou quelle expérience de votre parcours de militante vous a le plus marqué ?
En 2017, je me rendais en Cisjordanie et j’ai rencontré un vieil ami de mon père, qu’il connaissait depuis leur jeunesse. Il venait de sortir de prison après avoir purgé une peine de plusieurs décennies. Il a fondé une famille très jeune et a trois garçons formidables. Je lui ai demandé : « Comment peut-on rester optimiste quand on vit sous occupation, derrière ces murs, et qu’on se sent piégé ? » Il m’a répondu : « La plus grande menace pour l’occupant, c’est notre présence sur notre terre. Nous n’avons pas besoin de lever le petit doigt, car ils savent que notre place est ici. »
À ce moment-là, nous étions sur deux longueurs d’onde différentes dans la vie, et il voyait plus loin que moi. Je devais non seulement faire entendre ma voix encore plus fort, mais aussi aider les autres à faire de même en Palestine.
8. Quelle(s) leçon(s), le cas échéant, auriez-vous aimé apprendre plus tôt ? Et quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite s’engager dans le militantisme ?
Ne votez pas en fonction des lignes de parti. Votez en suivant votre intuition sur ce qui est juste. J’ai perdu mon temps à croire que la Gauche se tiendrait à mes côtés pour libérer mon peuple, mais ils avaient peur de s’écarter de la ligne du parti. J’ai perdu mon temps à croire qu’ils étaient là pour moi et mon peuple. Ce n’était pas le cas. Soyez un libre penseur.
Militant palestinien.
Samar Sadullah

1. What sparked your commitment to activism?
Well, I’m Palestinian, so I had no choice. I traveled to Palestine in 2017, and when I finally understood what was happening, I knew I needed to raise my voice and do more. I was young, but I realized that being Palestinian carries a large amount of weight for my people. My curiosity only grew from there.
2. Who are you primarily doing what you do for?
I find myself involved in many communities. Mainly the pro-Palestine community, but I also focus on U.S. politics to help steer more pro-Palestine candidates to run and get elected to Congress so they can help make change.
3. What does personal success look like in your role as an activist?
I measure personal success when no child is starving or in danger. Personally, I measure it by the freedom of the Palestinian people to have a homeland without fear or danger, living in prosperity and self-determination.
4. How do you choose your methods?
I’m mainly on social media, but I’ve also done work for political PACs and helped start initiatives to raise money for Palestine online and locally.
5. Who do you feel holds the real power?
The change is within the people, but the people are not angry enough to bring it. When people talk to me at a personal level, away from social media, the response I get after talking is, “I didn’t know that,” or “I didn’t think about it like that.”
6. From your experience, how have you handled systemic roadblocks in your activism?
It’s taken a toll on my mental health, but you have to pace yourself. You will have good days and bad days, but on your worst days, it’s not as bad as a Palestinian in Gaza. It puts things in perspective.
7. What is one event/experience in your journey as an activist that has stood out to you as memorable?
In 2017, I was visiting the West Bank and sat down with my dad’s good friend from when they were young. He had gotten out of prison after serving decades. He started a family young and has three wonderful boys. I asked him, “How can one remain optimistic living under an occupation, behind these walls, and feel trapped?” He said to me, “The greatest threat to the occupier is our presence on our land. We don’t have to lift a finger, because they know we belong here.”
At that moment, we were on two different wavelengths in life, and he saw more than I did. I not only needed to raise my voice even louder, but help others do the same in Palestine.
8. What lesson(s), if any, do you wish you had learned earlier? And what advice would you give to someone looking to get into activism?
Don’t vote along party lines. Vote your intuition on what is right. I wasted my time thinking the Left would stand with me to free my people, but they were scared to hurt the party line. I wasted my time thinking they were there for me and my people. They were not. Be a free thinker.
Militant palestinien.
Samar Sadullah

