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Matthew Solomon : « Les luttes de libération sont toutes connectées. »

6 oct.
7 min de lecture
Matthew Solomon est réalisateur de Seeds for Liberation et de Reimagining Safety. Dans cet entretien, il revient sur son engagement militant, son travail autour de la Palestine et les liens qu’il établit entre les différentes luttes de libération.

Matthew Solomon est réalisateur de Seeds for Liberation et de Reimagining Safety. Dans cet entretien, il revient sur son engagement militant, son travail autour de la Palestine et les liens qu’il établit entre les différentes luttes de libération.


1. Qu’est-ce qui a déclenché votre engagement militant et, plus particulièrement, votre volonté de réaliser un film qui affirme cette conviction dans l’action militante ?


La réponse la plus simple est que je me soucie des gens et que je veux que chacun puisse voir ses besoins satisfaits, se sentir aimé et reconnu à sa juste valeur.

La réponse est un peu plus longue. J’ai grandi dans un environnement très multiculturel à Los Angeles, en Californie, et j’ai très tôt été confronté à l’hypocrisie du discours selon lequel les États-Unis seraient devenus une société « post-raciale », alors que ce n’était absolument pas l’expérience de mes amis noirs et latinos.


Concernant Seeds for Liberation, les horreurs que nous avons tous vues se dérouler à Gaza après le 7 octobre 2023 m’ont rapidement conduit à m’intéresser à l’histoire, beaucoup plus ancienne, de l’oppression et des violences subies par les Palestinien·nes, ainsi qu’à la manière dont, aux États-Unis, nous avons été abreuvés de mensonges sur les Palestinien·nes et sur « l’État d’Israël », notamment à travers la propagande sioniste.

J’ai constaté la manière dont les médias ont déformé et, selon moi, menti sur les événements du 7 octobre et sur de nombreux autres sujets — notamment l’histoire des bébés décapités, qui n’a pas été étayée comme cela avait été initialement affirmé. Cela faisait fortement écho à la manière dont les médias traitent les violences policières et passent sous silence l’existence de plus de 85 « Cop Cities » à travers les États-Unis.

Il me semblait donc essentiel de raconter les histoires réelles et de mettre en lumière les liens de solidarité entre les Palestinien·nes, les mouvements de libération noire, le mouvement chicano et les autres mouvements de libération collective, afin que chacun puisse comprendre que toutes ces luttes sont liées.


2. Pour qui faites-vous principalement ce que vous faites ?


En ce qui concerne ce film, je veux avant tout que les Palestinien·nes se sentent vus, entendus et reconnus.

Je veux également contribuer à ouvrir les yeux du public, atteindre et informer les personnes qui ont le pouvoir d’influencer les décisions et de faire en sorte que les bombes cessent de tomber.

J’ai rencontré des personnes qui ne savaient pas à quel point la situation était grave à Gaza et en Cisjordanie, et qui ne connaissaient pas l’histoire réelle. Voir ces personnes prendre conscience de cette réalité a été important pour moi.


3. À quoi ressemble la réussite personnelle dans votre rôle de militant et de réalisateur ?


Je considère que chaque fois que quelqu’un me dit que le film lui a ouvert les yeux et lui a donné envie d’en apprendre davantage, c’est une victoire.

Chaque fois qu’une personne palestinienne me dit qu’elle s’est sentie vue et entendue grâce au film, c’est une victoire.

À terme, si des responsables politiques voyaient le film et décidaient de changer leurs politiques, ce serait évidemment quelque chose de considérable.

J’ai également eu l’honneur de voir le film accueilli par les ambassadeurs de Palestine au Mexique et en Colombie. Cela a été une expérience extrêmement importante pour moi.


4. Comment choisissez-vous vos méthodes d’action ?


Pour moi, le cinéma est une forme d’expression accessible à beaucoup de personnes. N’importe qui peut regarder un film de 90 minutes, puis le partager à son tour.


5. Selon vous, qui détient réellement le pouvoir ?

Malheureusement, le pouvoir systémique est détenu par celles et ceux qui bénéficient de ce pouvoir.

Mon espoir est de parvenir à les influencer afin qu’ils changent les choses. Mais il est probablement plus efficace d’influencer et d’inspirer des masses de personnes afin qu’elles fassent pression sur leurs élu·es.


6. D’après votre expérience, comment avez-vous fait face aux obstacles systémiques dans votre engagement militant ?


Pour moi, c’est une question d’intégrité.

Je ne pourrais pas vivre avec moi-même si j’arrêtais.


7. Quel événement ou quelle expérience de votre parcours militant vous a particulièrement marqué ?


Chaque personne que j’ai interviewée m’a ému aux larmes et occupe une place particulière dans mon cœur.

Cela dit, mon entretien avec Mimi Abu Ghazaleh a été particulièrement profond. Nous avons parlé pendant deux heures, mais j’avais davantage l’impression de recevoir une transmission.

Après l’entretien, je n’arrivais plus à parler. Je voulais simplement rester silencieux et prendre le temps d’intégrer ce qui venait de se passer.

La manière dont elle parlait de la Palestine et dont elle décrivait la libération m’a donné envie de m’y rendre.

J’ai grandi dans une famille juive et j’aurais pu me rendre en « Israël » à n’importe quel moment, mais je n’en avais jamais ressenti le désir. Après avoir interviewé Mimi, j’ai, au contraire, profondément souhaité découvrir la Palestine.


8. Quelle(s) leçon(s) auriez-vous aimé apprendre plus tôt ? Et quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite s’engager dans le militantisme ?


Je pense que le plus important est de laisser aux autres le temps de suivre leur propre chemin et de faire preuve d’indulgence à leur égard, tout en sachant poser des limites claires pour soi-même.


Malheureusement, les gens font beaucoup de promesses et les tiennent rarement.

Je pense que la clé est de pratiquer ce que l’on pourrait appeler l’acceptation radicale.

Continuer d’avancer, et célébrer les victoires lorsque c’est possible.


Matthew Solomon

Réalisateur de Seeds for Liberation et Reimagining Safety


Samar Sadullah


Samar Sadullah


1. What sparked your commitment to activism & more specifically, your commitment to directing a movie that reinforces that belief in activism? 


The simple answer is that I care about people and I want everyone to have their needs met and feel loved and valued. The longer answer is that I grew up in a very multicultural environment in Los Angeles, California, and saw the hypocrisy early-on from how we were learning about the United States being post-racial, when that was not the experience of my Black and Latino friends. Regarding Seeds for Liberation, the horrors that we all observed happening in Gaza after October 7th, 2023 led me to learn very quickly about the long-running genocide of Palestinians and how we, here in the United States and as a result of Zionist propaganda, had been fed so many lies about Palestinians and "the state of Israel."  I saw how the news media misrepresented and lied about October 7th and so many other things--like the beheaded babies that did not exist--and, it tied so closely to the ways that the media lie about police murders, and how they have not informed the public about the 85+ cop cities around the US. I felt it was important that the real stories be told and that the connections of solidarity between Palestinians, Black Liberation, the Chicano movement, and other collective liberation movements be highlighted so people could understand how everything is connected. 


2. Who are you primarily doing what you do for? 


Primarily, in regard to this film, I want Palestinians to feel seen and heard. In addition to that, I want to wake people up and reach and educate people who have the influence to stop the bombs from falling. I have seen that there are people who didn't know how bad it has been in Gaza and the West Bank, and hadn't heard the real history who have had their eyes opened. 


3. What does personal success look like in your role as an activist & film director?

I think that every time someone tells me that the film woke them up and made them want to learn more, that is a win. Every time a Palestinian person has told me that they felt seen by the film, that is a win. Ultimately, if policy makers would see the film and change policy, that would be huge. I have had the honor of having the film hosted by the Palestinian ambassadors to Mexico and Colombia. That has been tremendous for me. 


4. How do you choose your methods? 


For me, film is an approach that is accessible to many people. Anyone can sit through a 90 minute film, and then share that film.


5. Who do you feel holds the real power? 


Unfortunately, systemic power is held by those who benefit from the power. My hope is to influence them to make changes...however, it is more likely that influencing and inspiring masses of people to pressure electeds, would likely have the most impact. 


6. From your experience - how  have you handled systemic roadblocks in your activism?


It is an integrity thing for me. I could not live with myself if I stopped.


7. What is one event/experience in your journey as an activist that has stood out to you as memorable? 


Every person I interviewed moved me to tears and has a special place in my heart. That said, my interview with Mimi Abu Ghazaleh was particularly profound. It was a 2 hour interview that felt more like a transmission. I couldnt speak after words, I just wanted to be quiet and sit with what had just happened. And the way that she spoke about Palestine and how she described liberation, is what made me want to go there. Even though I grew up Jewish and could have gone to "Israel" at any time, I never had any desire to go. But after interviewing Mimi, I very much wanted to experience Palestine. 


8. What lesson(s) if any, do you wish you had learned earlier? And what advice would you give to someone looking to get into activism?


I think the biggest thing is to allow people their processes, give them grace, but also have strong boundaries for yourself. Unfortunately, people make a lot of promises and rarely follow through. The key, I think, is practicing radical acceptance. Keep moving forward, and celebrate when you can.


Matthew Solomon

Director, Seeds for Liberation and Reimagining Safety


Samar Sadullah


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