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L’auto-destruction touristique, l’exemple chamoniard.

  • 2 juil.
  • 4 min de lecture
Vallée de Chamonix - surtourisme - Bloc Populaire - Maceo Briffaz

Il y a 90 ans, le Front populaire gagnait les élections, empêchant ainsi les ligues d’extrême droite d’arriver au pouvoir. Sous l’impulsion de cette première victoire, la mobilisation de 3 millions de grévistes pendant 1 mois a forcé le gouvernement Blum à signer les accords de Matignon. L’une des mesures les plus connues est les 2 semaines de congés payés que les travailleur·euses obtiennent alors. Si, en réalité, le trajet vers les congés payés est plus sinueux, on se rappelle de juillet 1936 comme la première fois où des ouvrier·es ont pu découvrir la mer ou la montagne. Encore aujourd’hui, les mois de juillet et août restent des moments de vacances pour beaucoup de personnes résidant sur le territoire français. Mais le fait de voyager, lui, n’est pas possible régulièrement pour beaucoup de gens. Une minorité de personnes aujourd’hui est donc responsable de la majorité des dégâts. Parce qu’aujourd’hui, le tourisme bourgeois détruit de nombreux espaces naturels. Cette destruction, je la connais particulièrement pour la vallée de Chamonix, qui enregistre plus de 8 millions de nuitées en 2023. Ce chiffre, déjà énorme pour une vallée de 11 000 habitant·es à l’année, est en plus augmenté par un grand nombre de personnes venant à la journée. L’ancien maire de la ville, Éric Fournier, refuse de parler de surtourisme, pourtant les conditions de vie des habitant·es sont violemment impactées par ce surtourisme évident.


En effet, aujourd’hui, la vallée de Chamonix a connu une surspécialisation dans le tourisme : 70 % de ses revenus viennent du tourisme, les espaces de production de produits locaux sont extrêmement minoritaires et la vallée a été adaptée aux sports de montagne. Cette adaptation est également temporelle : la vie de la vallée s’articule autour de 2 principaux moments, l’hiver entre décembre et début avril et l’été entre mi-juin et mi-septembre. En dehors de ces périodes, beaucoup de services sont fermés, y compris les urgences, qui ne sont ouvertes que lors des périodes d’affluence. Cette surspécialisation rend une critique du tourisme compliquée en interne puisque c’est de cette activité que vit la majorité de la population. Pourtant, il faudra bien réduire ce surtourisme qui mène vers l’autodestruction de la vallée.


La gentrification est la première des raisons poussant à la nécessité de changer le système économique. En 8 ans, le mètre carré a augmenté de près de 50 %, atteignant 8 700 €, soit 4 fois le prix normal. Ces prix énormes forcent les travailleur·euses à s’exiler et à quitter la vallée pour aller vivre en contrebas, les forçant tous les jours à de longs trajets. Cette hausse des loyers est due à la spéculation. D’une part, de nombreuses personnes achètent des résidences secondaires qui sont vides les trois quarts de l’année. Cet investissement est un investissement qui sera rentable. Encore une fois, les capitalistes jouent avec des vies pour se faire de l’argent. À ces logements vides s’ajoute la spéculation autour des AirBnB. Leur nombre a augmenté de 45 % dans la vallée. La gentrification pousse également à la hausse extrême des prix de certains lieux de vie. De plus en plus de services sont réservés aux touristes fortunés. La spéculation immobilière tue la vallée en forçant les personnes précaires à partir de la vallée.


De plus, cet afflux de touristes détruit les sites naturels de la vallée. La surfréquentation des sentiers et des sites touristiques entraîne une pollution ainsi qu’un véritable dérangement pour la faune locale. Or, c’est cette même faune et cette flore qui permettent de façonner le territoire. En plus de cela, la surutilisation de neige de culture nécessite la création de bassins de stockage de l’eau. Avec le dérèglement climatique, retenir autant d’eau favorise d’une part l’évaporation rapide et prive des zones de sécheresse d’eau. Enfin, l’afflux massif de personnes se déplaçant en voiture cause des émissions de gaz à effet de serre assez conséquentes. L’augmentation de ces gaz à effet de serre est directement responsable de la destruction des montagnes. Que ce soit en faisant fondre les glaciers, comme la Mer de Glace qui recule drastiquement chaque jour, ou en faisant fondre le pergélisol, une couche du sol gelé servant de ciment aux montagnes. Cette fonte a notamment causé l’effondrement du pilier Bonatti en 2005 et continue de causer des effondrements. Cette pollution et ces dérangements de la nature sont amplifiés lors des périodes de grandes compétitions sportives comme l’UTMB, où plusieurs milliers de coureur·euses foulent les chemins de montagne simultanément. Leurs proches les accompagnent bien souvent, menant à énormément de pollution. 


Les travailleur·euses également subissent le surtourisme. Face à la spécialisation temporelle de la vallée, certains commerces ne sont ouverts qu’en période touristique, cela force l’utilisation de saisonnier·es. Or, cette catégorie de travailleur·euses est souvent surexploitée et l’instabilité de leur statut, les forçant à beaucoup bouger, les empêche de s’organiser pour obtenir un respect réel de leurs conditions de travail et ne sont pas des habitant·es régulier·es de la ville.


Tous ces aspects font que la vallée de Chamonix vit d’un surtourisme qui détruit son environnement dont elle dépend pour vivre. Pourtant, des solutions existent et ne sont pas utilisées en raison de l’enrichissement que tire la classe bourgeoise de cette exploitation. La réquisition des logements vides la plupart de l’année et des AirBnB permettrait d’empêcher la gentrification. Plus largement, le vrai problème de la vallée de Chamonix est le capitalisme. Cela est vrai pour tous les endroits touristiques et, si la vallée de Chamonix en est un bon exemple, elle est également épargnée par les dégâts qu’inflige le colonialisme aux zones touristiques non occidentales, comme le montre la mobilisation de nombreuses zones touristiques face au surtourisme.



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