Faut-il craindre les «nouveaux alliés» d’Israël ?

De Kinshasa à Bogotá en passant par Rabat, le gouvernement israélien tente de multiplier les accords diplomatiques. Pourtant, Benyamin Nétanyahou n’a jamais été aussi isolé. Mardi 8 septembre, douze pays (dont la France, le Royaume-Uni et le Canada) ont annoncé l'arrêt de tout commerce avec les colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés. L'impossibilité de survoler certains espaces aériens complique désormais les déplacements officiels, et le Premier ministre reste sous le coup d'un mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI). À ces tensions extérieures s'ajoute une crise interne : l'extrême droite israélienne se déchirent à l’approche des prochaines législatives. Dans ce contexte, les nouvelles alliances d'Israël posent question. S'agit-il de simples coups médiatiques ou du début d'un nouvel ordre sécuritaire mondial ?
L’image a de quoi surprendre : le président congolais Félix Tshisekedi, une kippa sur la tête, priant devant le mur des Lamentations. En coulisse, le Kosovo, le Maroc et l’Ouganda acceptent d'envoyer des soldats sous encadrement américain, et le nouveau président de la Colombie reconnaît la souveraineté d'Israël sur le plateau du Golan. Aucun de ces États ne figure parmi les géants économiques ou militaires capables d’influencer à lui seul le cours des affaires mondiales. Mais réduire ces rapprochements à de simples poignées de mains symboliques serait une erreur.
Du donnant-donnant.
D’un côté, Israël et son puissant allié américain apportent ce que ces régimes cherchent à tout prix : des technologies de surveillance, des mercenaires de sécurité privée, du matériel militaire, et surtout une bonne réputation à Washington. De l'autre, Israël récupère ce qui lui manque le plus aujourd'hui : une forme de respectabilité et des points d'appui stratégiques sur la carte du monde. Par exemple, en reconnaissant l'indépendance du Somaliland, Tel-Aviv y gagne le droit d'installer une base militaire sur le golfe d'Aden, juste en face des Houthis du Yémen et de l'Iran.
Le procédé se répète au sein du « Conseil de paix » de Donald Trump. En chargeant cette instance de superviser l'après-guerre à Gaza via une Force internationale de stabilisation (ISF), il prive les Palestiniens de leur autodétermination. Encore une fois, un plan pour Gaza est monté sans Gaza. Quelle est la valeur légale d'un tel organisme face à l'ONU ou la Cour internationale de justice (CIJ) ? Quasiment nulle. Ce Conseil marginalise délibérément les institutions multilatérales traditionnelles au profit de transactions informelles.
L'envoi de soldats ougandais, kosovars ou marocains à Gaza, évite d'exposer des troupes américaines ou israéliennes, tout en monnayant des alignements géopolitiques sur le dos des populations locales. Par exemple, au Kosovo, minuscule État à majorité musulmane et quasi inexistant sur la scène internationale, le peuple a manifesté plusieurs fois pour dénoncer le génocide à Gaza.
En Ouganda, la démarche vise surtout à servir les ambitions de Muhoozi Kainerugaba, le fils du président Museveni. Ce dernier veut consolider ses soutiens internationaux en vue de la succession de son père. Il a récemment déclaré sur X « Israël est dans notre sang ».
Quant au Maroc, son déploiement s'inscrit dans un pur marchandage territorial. Depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, Rabat et Tel-Aviv ont discrètement intensifié leur coopération militaire. En échange, le Maroc obtient le soutien des Etats-Unis et d’Israël sur la souveraineté du Sahara occidental, un territoire au statut disputé et non tranché par l’ONU.
Piétiner le droit international.
Le plus inquiétant dans ces alliances, ce n'est pas le nombre de soldats. C'est la façon dont elles piétinent les règles internationales. Le cas de la RDC est le plus frappant. Kinshasa ne cesse de supplier la communauté internationale de faire respecter ses frontières face aux invasions rwandaises et aux rebelles du M23 dans l'Est du pays. Dans le même temps, le président Tshisekedi décide d'installer son ambassade à Jérusalem. Sa décision viole directement la résolution 478 du Conseil de sécurité de l'ONU (1980), qui enjoint à tous les États membres de retirer leurs missions diplomatiques de la ville trois fois sainte. Comment peut-on réclamer que le droit soit appliqué chez soi quand on ne le respecte pas chez les autres ?
L'autre dérive concerne le plateau du Golan. La décision du nouveau président colombien Abelardo de la Espriella de reconnaître la souveraineté israélienne sur ce territoire syrien, occupé depuis 1967, constitue une rupture grave. Là encore, cette décision ignore la résolution 497 du Conseil de sécurité de l'ONU (1981), qui déclare les lois israéliennes sur le Golan « nulle, non avenue et sans effet juridique international ». En emboîtant le pas aux États-Unis, jusqu'ici le seul pays à avoir franchi cette ligne, Abelardo de la Espriella offre une raison à Israël de garder le contrôle sur une zone pleine de ressources en eau et ultra-stratégique sur le plan militaire, en totale impunité.
Alors, quelle menace ?
En accumulant ces partenariats, Israël ne résout pas son isolement structurel, mais participe à la fragmentation du droit international. Ce nouveau club dessine les contours d'un monde où la souveraineté, la légalité et le respect des frontières deviennent de simples monnaies d'échange. La crainte ne vient pas de la force de ces nations, mais du monde sans règles qu'elles contribuent à bâtir.
La récente suggestion du ministre Bezalel Smotrich d'organiser la répartition des Palestiniens de Gaza vers les États européens en donne un aperçu. Imaginez que des pays acceptent et que des déportations forcées s’en suivent ? La suite de l’histoire, on la connaît tous.



