Quand les fortes chaleurs deviennent politique ?
- 18 juil.
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Chaque été, les records de température tombent. Pourtant, face à une même vague de chaleur, nous ne sommes pas égaux. Il est essentiel de saisir que la canicule est profondément politique. Elle révèle avec brutalité les fractures sociales qui traversent notre société.
La canicule accentue une réalité que certains voudraient invisibiliser : les conséquences du dérèglement climatique suivent les lignes des inégalités sociales. D'un côté, ceux qui possèdent un patrimoine, vivent dans des logements bien isolés, peuvent télétravailler, travailler dans des bureaux climatisés ou partir en vacances. De l'autre, ceux qui restent exposés à la chaleur dans leur logement, sur leur lieu de travail ou dans l'espace public.
Encore une fois, c'est une question de lutte des classes. Les plus modestes sont ceux qui ont le moins contribué au dérèglement climatique, mais ce sont eux qui en paient le prix fort. Pendant que certains accumulent les profits d'un modèle économique fondé sur l'exploitation intensive des ressources naturelles et la recherche permanente de croissance, d'autres supportent les coûts sanitaires, sociaux et environnementaux de ce même modèle.
La crise climatique n'efface donc pas les rapports de domination économique : elle les renforce. Elle dessine une nouvelle ligne de fracture où les plus riches peuvent acheter leur protection, tandis que les plus pauvres voient leur santé, leurs conditions de vie et parfois leur vie devenir les variables d'ajustement d'un système qui privilégie la rentabilité plutôt que l'intérêt général.
Lorsque l'on vit dans un logement mal isolé, sous les toits, dans un quartier fortement minéralisé où le béton emmagasine la chaleur, il devient impossible de dormir, de se reposer ou simplement de respirer. Beaucoup de familles n'ont ni les moyens de financer des travaux de rénovation énergétique, ni d'installer une climatisation dont le coût d'achat et la consommation électrique représentent un budget considérable.
La canicule est également une question de santé publique. Les fortes chaleurs augmentent les risques de déshydratation, d'insolation, de maladies cardiovasculaires et respiratoires, tout en aggravant certaines pathologies chroniques. Les personnes âgées, les enfants, les personnes en situation de handicap ou atteintes de maladies chroniques sont particulièrement exposés aux risques qu'implique la chaleur intense.
Mais il existe une autre injustice, souvent invisible : celle du travail. Pendant que certains peuvent télétravailler, adapter leurs horaires ou exercer dans un bureau climatisé, des centaines de milliers de travailleurs continuent d'exercer sous des températures extrêmes : ouvriers du bâtiment, agents de propreté, livreurs, éboueurs, agents des espaces verts, agriculteurs, personnels de chantier ou encore aides à domicile. Leur santé est directement mise en danger alors même qu'ils assurent des missions essentielles au fonctionnement de notre société.
La canicule tue désormais plusieurs milliers de personnes chaque année en France. Plus de 3 700 décès ont été attribués à la chaleur durant l'été 2024, après plus de 5 000 l'année précédente, selon Santé publique France. À titre de comparaison, la chaleur provoque aujourd'hui davantage de décès annuels que les accidents de la route.
Cette réalité interroge notre modèle économique, le capitalisme contemporain repose sur une logique de rentabilité immédiate, dans laquelle la protection des travailleurs,
la santé publique et la préservation de l'environnement sont trop souvent considérées comme des coûts plutôt que comme des investissements indispensables. La crise climatique n'est pas indépendante de ce modèle : l'exploitation intensive des ressources, les émissions massives de gaz à effet de serre, les projets écocides et la recherche permanente de croissance économique ont directement contribué au réchauffement climatique.
Les conséquences de cette crise ne sont pourtant pas réparties équitablement. Ceux qui ont le moins contribué aux émissions de carbone sont souvent ceux qui en subissent les effets les plus sévères. À l'échelle mondiale comme au sein de notre pays, les inégalités sociales deviennent des inégalités climatiques.
Les dix années de macronisme ont démontré où résident les priorités d'un gouvernement libéral : privilégier les investissements considérés comme immédiatement rentables, poursuivre une logique de compétitivité économique et repousser les transformations pourtant indispensables en matière de justice sociale et de transition écologique.
L'écologie ne peut être réservée à ceux qui ont les moyens de la financer. Une transition écologique qui oublierait les plus modestes serait vouée à l'échec. De la même manière, une politique sociale qui ignorerait les conséquences du dérèglement climatique manquerait son objectif.
La canicule nous rappelle une évidence : dans une société profondément inégalitaire, le dérèglement climatique ne fait pas disparaître les rapports de domination, il les aggrave. Il frappe d'abord celles et ceux que le système économique expose déjà à la précarité. La canicule est politique, parce qu'elle vient une fois de plus creuser les inégalités sociales. Voilà pourquoi la lutte contre le dérèglement climatique est indissociable de la lutte contre les inégalités sociales. En ce sens, la question climatique est aussi, plus que jamais, une question de lutte des classes.



