top of page

Violences policières filmées en Géorgie : ces vidéos fuitées qui exposent l’impunité de l’État.

  • 3 juil.
  • 5 min de lecture
Violences policières filmées en Géorgie : ces vidéos fuitées qui exposent l’impunité de l’État. - Ani Akhmeteli - Bloc Populaire

Le 12 juin, la Géorgie a été confrontée à des images troublantes que de nombreux citoyens soupçonnaient depuis longtemps d’exister, mais qu’ils avaient rarement eu l’occasion de voir.


Une avant-première diffusée par l’émission d’investigation de TV Pirveli a montré ce qui semble être des policiers en train de passer à tabac des détenus à huis clos. Les vidéos montrent des individus battus, humiliés et insultés verbalement, dans une tentative apparente d’extorquer des aveux (https://youtu.be/6x6jfjj9BO4?si=5aDOYTVMUr9JFTBm). Selon l’enquête, ces enregistrements auraient été réalisés par des policiers eux-mêmes, puis diffusés dans un groupe de discussion privé avant d’avoir finalement fuité vers les médias.


Les images sont choquantes. Pourtant, la question la plus troublante n’est pas ce qui s’est passé dans ces pièces. La véritable question est de savoir pourquoi tant de Géorgiens n’ont pas été surpris.



Violences policières filmées en Géorgie : ces vidéos fuitées qui exposent l’impunité de l’État. - Ani Akhmeteli - Bloc Populaire

Depuis des années, des organisations de défense des droits humains, des avocats, des journalistes et d’anciens détenus documentent des accusations de violences policières, de coercition et de mauvais traitements au sein des forces de l’ordre géorgiennes. Nombre de ces accusations n’ont jamais donné lieu à une véritable reddition de comptes. Les plaintes ont souvent été rejetées, les enquêtes ont traîné, et l’attention publique s’est estompée.


Ce qui distingue les images récemment publiées, c’est qu’elles apportent une preuve visuelle de comportements qui sont restés le plus souvent invisibles du grand public.


Les scènes visibles dans ces enregistrements ne relèvent pas simplement d’un usage excessif de la force. Elles touchent au cœur de l’État de droit. Dans toute société démocratique, un aveu obtenu par la violence, l’intimidation ou l’humiliation n’a aucune légitimité. Le système judiciaire repose sur le principe selon lequel la culpabilité doit être établie par des preuves, et non extorquée par la peur.


Lorsque les agents de l’ordre deviennent à la fois enquêteurs et exécutants de la sanction, la frontière entre justice et abus commence à disparaître.


La portée de ces enregistrements dépasse les individus visibles sur les vidéos. Ils soulèvent des questions plus larges sur la culture institutionnelle au sein des structures policières géorgiennes. Si des agents se sont sentis suffisamment à l’aise pour filmer de tels actes et les partager entre collègues, qu’est-ce que cela suggère sur les mécanismes de contrôle interne ? Quel degré de confiance peut exister pour croire que de tels comportements n’entraîneront aucune conséquence ?


Ces questions sont d’autant plus importantes que les démocraties ne sont pas jugées uniquement à la qualité de leurs lois. Elles le sont à leur application effective, à la capacité des institutions à s’auto-contrôler, et à la possibilité pour les victimes d’obtenir justice sans crainte.


La réaction aux vidéos fuitées a révélé une fracture plus profonde au sein de la société géorgienne. Pour certains, ces images confirment des inquiétudes anciennes concernant les abus policiers et l’impunité. Pour d’autres, elles ne constituent qu’un incident isolé impliquant quelques agents. Mais quelles que soient les affiliations politiques, ces images exigent des réponses.


Qui a autorisé ces actes ?

Dans quelle mesure ces pratiques sont-elles répandues ?

Des incidents similaires ont-ils déjà eu lieu ?

Les responsables feront-ils l’objet d’enquêtes indépendantes et de poursuites ?


Tout aussi préoccupante est l’allégation selon laquelle la personne par l’intermédiaire de laquelle ces images ont été rendues publiques aurait ensuite été arrêtée. Si cela est confirmé, cette situation soulèverait de sérieuses questions sur la protection des lanceurs d’alerte et sur la volonté de l’État de faire face aux dysfonctionnements internes de ses propres institutions.


L’histoire montre que les institutions se réforment rarement d’elles-mêmes sans pression publique. La transparence, les enquêtes indépendantes, le contrôle judiciaire et la liberté de la presse demeurent des garanties essentielles contre les abus de pouvoir. Lorsque ces garde-fous s’affaiblissent, les violations deviennent plus faciles à dissimuler et plus difficiles à contester.


L’avenir démocratique de la Géorgie ne dépend pas de l’absence de scandales, mais de la manière dont l’État y répond lorsqu’ils surviennent.


Ces images constituent un test décisif. Un test pour les forces de l’ordre, pour les procureurs, pour la justice et pour les responsables politiques. Mais surtout, un test de savoir si la redevabilité s’applique autant à ceux qui exercent le pouvoir qu’aux citoyens ordinaires.


Ces vidéos ont forcé la Géorgie à regarder derrière les portes closes. La question est désormais de savoir si le pays est prêt à affronter ce qu’il a vu.



Violences policières filmées en Géorgie : ces vidéos fuitées qui exposent l’impunité de l’État. - Ani Akhmeteli - Bloc Populaire


Version en anglais :


On June 12, Georgia was confronted with disturbing footage that many citizens had long feared existed but rarely had the opportunity to see.


A preview released by TV Pirveli’s investigative program showed what appeared to be police officers physically assaulting detainees behind closed doors. The videos depict individuals being beaten, humiliated, and verbally abused in an apparent attempt to force confessions (https://youtu.be/6x6jfjj9BO4?si=5aDOYTVMUr9JFTBm). According to the investigation, the recordings were allegedly made by police officers themselves and circulated in a private group chat before eventually being leaked to the media.


The footage is shocking. Yet the most troubling question is not what happened inside those rooms. The real question is why so many Georgians were not surprised.


For years, human rights organizations, lawyers, journalists, and former detainees have documented allegations of police abuse, coercion, and mistreatment within Georgia’s law enforcement system. Many of these accusations never resulted in meaningful accountability. Complaints were often denied, investigations stalled, and public attention faded.


What makes the newly released footage different is that it provides visual evidence of conduct that has frequently remained hidden from public view.


The scenes shown in the recordings are not merely instances of excessive force. They strike at the heart of the rule of law. In any democratic society, a confession obtained through violence, intimidation, or humiliation has no legitimacy. The justice system is built on the principle that guilt must be established through evidence, not extracted through fear.


When law enforcement officers become both investigators and punishers, the distinction between justice and abuse begins to disappear.


The significance of these recordings extends beyond the individuals seen in the footage. They raise broader questions about institutional culture within Georgia’s police structures. If officers felt comfortable recording such acts and sharing them among colleagues, what does that suggest about internal oversight? What level of confidence must exist for individuals to believe that such behavior will carry no consequences?


These questions are particularly important because democracies are not judged solely by their laws. They are judged by whether those laws are applied equally, whether institutions can investigate themselves, and whether victims can seek justice without fear.


The reaction to the leaked videos has exposed a deeper divide within Georgian society. For some, the footage confirms long-standing concerns regarding police misconduct and impunity. For others, it represents an isolated incident involving individual officers. Yet regardless of political affiliation, the images demand answers.


Who authorized these actions?

How widespread are such practices?

Have similar incidents occurred before?

Will those responsible face independent investigation and prosecution?


Equally concerning is the allegation that the person through whom the footage became public was later arrested. If true, this development raises serious questions about whistleblower protection and the state’s willingness to confront wrongdoing within its own institutions.


History demonstrates that institutions rarely reform themselves without public pressure. Transparency, independent investigations, judicial oversight, and free media remain essential safeguards against abuse of power. When these safeguards weaken, violations become easier to conceal and harder to challenge.


Georgia’s democratic future depends not on the absence of scandals, but on how the state responds when they emerge.


The leaked footage presents a critical test. It is a test for law enforcement agencies, for prosecutors, for the judiciary, and for political leaders. Most importantly, it is a test of whether accountability applies to those who exercise power as much as it applies to ordinary citizens.


The videos have forced Georgia to look behind closed doors. The question now is whether the country is prepared to confront what it has seen.



Violences policières filmées en Géorgie : ces vidéos fuitées qui exposent l’impunité de l’État. - Ani Akhmeteli - Bloc Populaire

bottom of page