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Acte II : couvre-feux, répression d’État, interdictions de manifester, menace de dissolution de LFI, mais impunité face aux néonazis. Jusqu’où ira le pouvoir ?

23 oct.
9 min de lecture
Acte II : couvre-feux, répression d’État, interdictions de manifester, menace de dissolution de LFI, mais impunité face aux néonazis… jusqu’où ira le pouvoir ?

Ce samedi 24 octobre, la rue a rendez-vous avec le pouvoir. Une semaine après les mobilisations du 17 octobre, la colère sociale ne retombe pas. Face à la vie chère, aux salaires qui stagnent, aux services publics sacrifiés et aux revendications de la jeunesse, le gouvernement répond par un durcissement sécuritaire, tandis qu’une partie de la droite réclame désormais ouvertement l’interdiction du premier parti de gauche d'opposition, La France insoumise.


Couvre-feux localisés, restrictions et interdictions de manifestations, procédures judiciaires contestées : les événements de cette semaine posent une question fondamentale. Jusqu’où le pouvoir est-il prêt à aller pour contenir la jeunesse et les classes populaires ?


Une crise sociale à laquelle le pouvoir répond par la répression. Acte II.


Le 17 octobre, des manifestations ont eu lieu dans toutes les villes du pays. La contestation, portée notamment par la jeunesse, les syndicats et les mouvements sociaux, exprime un ras-le-bol profond face à la dégradation des conditions de vie et à l’abandon des services publics.


Des violences, des pillages et des dégradations ont également eu lieu en marge des manifestations. Ils doivent être regardés pour ce qu’ils sont, sans être instrumentalisés pour assimiler l’ensemble d’un mouvement social à ces actes. Les responsabilités doivent être établies individuellement, sans amalgames. Mais plutôt que de répondre aux revendications, le pouvoir a choisi de durcir le ton. Des couvre-feux ont été instaurés et des restrictions de rassemblement ont été prises dans plusieurs villes. Des interdictions de manifestations ont également été décidées au nom du maintien de l’ordre.


La question n’est pas de nier les violences ni de minimiser les difficultés du maintien de l’ordre. Elle est de savoir si les libertés fondamentales peuvent être réduites au nom d’une réponse sécuritaire toujours plus importante et abusive, au risque de pénaliser l'ensemble du mouvement social, et donc, de fil en aiguille, radicaliser puis massifier ce mouvement.

Le droit de manifester n’est pas une faveur accordée. C’est une liberté fondamentale.


Raphaël Arnault : tentative d'arrestation d'un député antifasciste.


Cette semaine, le député insoumis Raphaël Arnault a été la cible d’une tentative d’interpellation à la gare de Lyon, à Paris. Selon La France insoumise, des policiers l’attendaient à sa descente du train pour l’arrêter, mais se seraient trompés de rame. Une scène qui soulève de graves questions sur les méthodes employées contre un député antifasciste de la République.


Cette affaire intervient dans un climat où les responsables insoumis sont de plus en plus ouvertement désignés comme des ennemis politiques, des boucs émissaires, jusqu’à ce que soit évoquée la possibilité d’interdire leur parti. Quand un pouvoir politique laisse planer la menace de dissolution d’une force d’opposition massive tandis que ses élus font face à des opérations policières douteuses, c’est l’état de nos libertés démocratiques qui est en jeu.


Derrière cette escalade, c’est aussi la possibilité même de porter une opposition radicale au pouvoir qui est attaquée. La justice doit être indépendante, mais cette indépendance ne peut servir de paravent à des pratiques d’intimidation politique. Aucun mandat ne doit placer quiconque au-dessus de la loi ; aucun mandat ne doit non plus protéger moins lorsqu’on appartient à l’opposition. La démocratie ne peut pas devenir le terrain de neutralisation de celles et ceux qui contestent l’ordre établi.


Rima Hassan : un procés politique, dénoncé par l'ONU.


Dix mois de prison avec sursis et deux ans d’inéligibilité : voilà les peines requises contre Rima Hassan, eurodéputée insoumise, lors de son procès pour apologie du terrorisme. Derrière cette procédure, c’est la liberté d’expression d’une élue de l’opposition et la possibilité même de défendre publiquement les droits du peuple palestinien qui sont en jeu.


Ce procès ne peut être dissocié du harcèlement judiciaire et politique dénoncé par cinq rapporteurs spéciaux des Nations unies. Dans une communication officielle adressée au gouvernement français le 29 juin 2026 et rendue publique le 31 août, ces experts expriment leurs « vives préoccupations » face aux nombreuses procédures visant Rima Hassan. Ils s’inquiètent explicitement du risque que ces mesures constituent un « harcèlement politique et judiciaire » et s’inscrivent dans une répression croissante des voix qui défendent les droits du peuple palestinien. Ils soulignent également que les prises de position de l’eurodéputée semblent relever du débat public et de questions d’intérêt général.


Les experts s’interrogent notamment sur la multiplication des procédures, les auditions répétées, le recours à la garde à vue et les atteintes alléguées à sa vie privée. Ils soulèvent aussi des questions relatives à la liberté d’expression, au droit de réunion pacifique, à l’indépendance de la justice et au respect de l’immunité parlementaire. Il ne s’agit donc pas d’une simple controverse entre responsables politiques : des experts mandatés par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies ont officiellement demandé des comptes à l’État français sur le traitement judiciaire réservé à Rima Hassan.


Les réquisitions soulèvent également la question de l’indépendance du parquet. En France, les procureurs ne sont pas des magistrats totalement indépendants du pouvoir exécutif : ils appartiennent à une institution hiérarchisée, placée sous l’autorité du garde des Sceaux, actuellement ministre de la Justice. Le gouvernement définit la politique pénale générale, que les parquets sont chargés de mettre en œuvre. Le parquet demeure soumis à une hiérarchie institutionnelle qui remonte au ministère de la Justice, alors même qu’il intervient dans des affaires susceptibles d’avoir des conséquences politiques majeures. Cette dépendance structurelle nourrit une interrogation légitime sur les garanties d’indépendance de la justice, particulièrement lorsque des responsables de l’opposition sont concernés.


Cette affaire s’inscrit dans une offensive politique visant à intimider celles et ceux qui dénoncent les crimes commis contre le peuple palestinien et défendent son droit à l’autodétermination. Quand les prises de parole d’une élue donnent lieu à des procédures répétées, à une surveillance contestée et à des réquisitions susceptibles de l’écarter de son mandat, la question de l’instrumentalisation de la justice ne peut être balayée d’un revers de main.


Le gouvernement français doit répondre aux préoccupations soulevées par les rapporteurs spéciaux et garantir le respect des libertés fondamentales. La solidarité avec le peuple palestinien n’est pas un crime. Défendre ses droits, dénoncer l’occupation et réclamer le respect du droit international ne doit pas exposer à une campagne d’intimidation judiciaire.


Des peines lourdes pour la jeunesse, mais aucune réponse aux revendications.


Depuis les événements du 17 octobre, les interpellations et les procédures judiciaires se multiplient. Les autorités ont communiqué sur les gardes à vue et les incarcérations intervenues dans le cadre de la réponse judiciaire aux violences. Les actes violents doivent être examinés individuellement et les responsabilités établies. Personne ne peut revendiquer l’impunité pour des agressions ou des dégradations. Mais la justice ne peut pas non plus devenir un outil de démonstration de force destiné à intimider un mouvement social.


Les procédures rapides, les peines d’emprisonnement et la communication politique autour des sanctions soulèvent une question essentielle : répond-on à une crise sociale en punissant ses conséquences visibles, tout en refusant d’en traiter les causes ?


Les lycéennes, les lycéens, les étudiantes, les étudiants et les travailleuses et travailleurs réclament des moyens pour l’éducation, des salaires dignes et des services publics capables de répondre aux besoins de la population. Ce ne sont pas des revendications criminelles. Ce sont des exigences sociales et politiques qui méritent une réponse.

Il faut refuser les amalgames : les violences commises par une minorité ne peuvent servir à délégitimer l’ensemble des manifestantes et des manifestants. Une mobilisation populaire ne se résume ni aux images de pillages ni aux déclarations des responsables politiques qui cherchent à la discréditer.


Menacer d’interdire LFI : une ligne rouge démocratique franchie.


Le 19 octobre, Gérard Larcher, président du Sénat, a estimé dans un entretien au Figaro que la question de l’interdiction de La France insoumise « peut être posée ». Il a également évoqué la possibilité d’un état d’urgence et appelé à réfléchir au maintien de la journée de mobilisation du 5 novembre.


Ces déclarations sont d’une gravité considérable. Que le président du Sénat, deuxième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire, puisse publiquement évoquer l’interdiction d’un parti politique majeur après des violences survenues en marge d’une mobilisation, constitue un signal inquiétant.


La responsabilité pénale est individuelle. Un parti politique ne peut être tenu collectivement responsable de chaque acte commis lors d’une manifestation, pas plus qu’un mouvement social ne peut être assimilé à une organisation criminelle. Les libertés politiques et le pluralisme démocratique ne sont pas des obstacles à l’ordre public : ils en sont des composantes essentielles.


La menace visant LFI s’inscrit dans un climat où les responsables politiques de gauche sont accusés de nourrir les tensions, tandis que les revendications sociales passent au second plan. La question n’est donc pas seulement celle d’un parti : c’est celle du droit de défendre des idées de rupture, de contester le gouvernement et de porter une autre orientation politique.


Une démocratie qui commence à envisager l’interdiction d’une opposition politique plutôt que de répondre aux raisons de la colère sociale s’engage sur une pente dangereuse.


À Lyon, les néonazis défilent en plein couvre-feu.


Le 19 octobre aussi, à Lyon, des militants néonazis d'extrême droite ont défilé dans les rues alors que le couvre-feu entrait en vigueur. Dans le cortège, des symboles néonazis, dont la croix celtique, et des slogans islamophobes, comme « Islam hors d’Europe », ont été signalés. Le préfet du Rhône, Étienne Guyot, a annoncé saisir le procureur de la République au sujet des propos tenus.


Voilà donc des militants d’extrême droite capables de défiler en pleine période de couvre-feu, d’afficher leurs symboles suprémacistes et de propager leur haine raciste tout en menacant et insultant les passants dans l’espace public sans aucune intervention policière de maintien de l'ordre. Le néonazisme n’est pas une opinion anodine ni une simple provocation : c’est un projet politique fondé sur la hiérarchie entre les êtres humains, le racisme et la violence contre celles et ceux désignés comme des ennemis.


Ces groupes menacent les personnes racisées, les musulmans, les immigrés, les antifascistes et, plus largement, toutes celles et ceux qui refusent leur vision autoritaire de la société. Leurs discours ne sont pas de simples provocations sans conséquences : ils participent à un climat dans lequel les agressions racistes et les violences politiques se banalisent.


Pendant que le pouvoir multiplie les restrictions visant les rassemblements et que des responsables politiques évoquent l’interdiction d’un parti de gauche, ces images posent une question incontournable : qui peut occuper la rue, et contre qui l’appareil sécuritaire est-il réellement mobilisé ?


La préfecture a annoncé une saisine judiciaire, mais cette démarche ne suffit pas à effacer le contraste. Les actes racistes et les menaces néonazies doivent être traités avec la même exigence que toute autre infraction, sans complaisance ni deux poids, deux mesures. Face à l’extrême droite, nous ne devons ni banaliser, ni détourner le regard, ni laisser la haine gagner du terrain.


Nous refusons que les violences soient instrumentalisées pour stigmatiser la gauche tandis que les mobilisations racistes et violentes de l’extrême droite sont minimisées. L’antifascisme n’est pas une menace pour la démocratie : il est une réponse normale à celles et ceux qui veulent détruire l’égalité des droits et désigner une partie de la population comme indésirable.


Une colère qui dépasse les frontières.


La mobilisation française s’inscrit dans un contexte européen marqué par les tensions sociales, la hausse du coût de la vie et la défiance envers des gouvernements incapables de répondre aux besoins populaires. En Italie, au Portugal, en Argentine, en Albanie et ailleurs, des mobilisations expriment des colères différentes, souvent liées à la précarité, aux inégalités et à la crise de la représentation politique.


Cette convergence ne signifie pas que toutes ces mobilisations poursuivent les mêmes objectifs ou obéissent aux mêmes dynamiques. Elle rappelle toutefois une réalité : partout en Europe et dans le monde, les politiques qui font payer les crises aux classes populaires rencontrent des résistances voir des soulèvements.


Face à ces mouvements, la tentation sécuritaire gagne du terrain. Pourtant, aucune stratégie policière ne peut durablement résoudre une crise sociale. Les gouvernements peuvent multiplier les interdictions, les arrestations et les discours martiaux ; ils ne feront pas disparaître les difficultés matérielles qui poussent des millions de personnes à s'engager, à faire usage de leurs corps pour réclamer des changements.


Le 5 novembre : faire de la colère une force collective.


En France, la CGT a appelé à tenir des assemblées générales sur les lieux de travail afin de décider de la généralisation de la grève le 5 novembre, date de mobilisation interprofessionnelle. Elle appelle à construire une mobilisation large autour des salaires, des pensions, des services publics et du financement de la Sécurité sociale.


Cette perspective est essentielle. Une journée de manifestation permet de rendre visible une colère ; la grève permet de construire un rapport de force économique et social. C’est en se réunissant dans les établissements scolaires, les universités, les entreprises, les services publics et les quartiers que les revendications peuvent devenir une force capable d’imposer des victoires.


Le pouvoir voudrait réduire la crise à une question d’ordre public. Nous devons rappeler qu’elle est d’abord sociale et politique. La réponse ne peut pas être la peur, mais la démocratie, la justice sociale et la mobilisation collective.


Entre la manifestation de l'Acte I, puis II, et la perspective du 5 novembre, l’enjeu est désormais de faire passer la mobilisation à une nouvelle étape : de la colère exprimée dans la rue à une action collective organisée capable d’obtenir des réponses politiques et sociales concrètes.


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