Bibliothèque Populaire : Fatima Ouassak – Pour une écologie pirate "Et nous serons libres".
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Lorsque l’on évoque l’écologie on l’associe le plus souvent à quelque chose de punitif, de restrictif ou qui concerne seulement une partie de la population. Pourtant il n’est pas question de centrer le débat sur la préservation de la biodiversité, des forêts ou sur les comportements individuels.
Dans son ouvrage, Pour une écologie pirate, Fatima Ouassak interroge la question de l’écologie dans toutes ses dimensions en incluant tout le monde et notamment les oubliés de ce débat, les habitants des quartiers, les descendants de l’immigration, les musulmans.
Dans le paysage politico-médiatique on traite de la question des quartiers populaires comme s’ils ne faisaient pas partie de l’hexagone. On diabolise les habitants, notamment la jeunesse, que l’on renvoie à l’image d’une masse homogène, non pensante, totalement déshumanisée. Les parcours, les trajectoires, les vies, tout est invisibilisé.
Pourtant lorsqu’il s’agit de la question de l’écologie on incrimine facilement les habitants des banlieues, à tort, puisqu’ils sont les premières victimes des dérèglements environnementaux alors que ce sont eux qui polluent le moins. Ils vivent au milieu du béton, de la chaleur, des grands axes routiers. On cherche à les désancrer du vivant.
« Mais ce désancrage organisé est aussi très utile pour une autre raison : il permet d’utiliser
les lieux de vie des descendants de l’immigration postcoloniale afin d’y installer des
incinérateurs, des usines, des data centers, des parkings, des échangeurs autoroutiers, des
décharges, du bruit, du laid, des odeurs nauséabondes. Il permet d’en faire des lieux où l’on
peut polluer et maltraiter la terre… »
Si des élites blanches regardent d’un œil lointain la situation des habitants des quartiers et essayent de proposer des « solutions », il n’est pas question d’aménager de nouvelles pistes cyclables ou de gentrifier les quartiers mais de remettre en question l’articulation même de ces derniers. Se replonger dans l’aménagement des grands ensembles c’est se replonger dans l’histoire coloniale de la France et de la façon dont elle a traité les personnes issues de l’immigration.
Les questions environnementales ne peuvent être pleinement pensées et réfléchies sans y intégrer la question raciale. On parle de l’occupation de l’espace quadrillé et surveillé par la police, de l’exploitation des corps non-blancs, de l’islamophobie ambiante, du racisme, des inégalités.
« Les populations descendantes de l’immigration ouvrière et postcoloniale vivent concentrées dans les territoires les plus pollués, où l’exposition au bruit et à la chaleur est la plus forte, où l’alimentation est la plus industrielle et où l’accès aux soins, sans même parler de soins de qualité, est le plus discriminatoire. »
Si on parle des quartiers, à une échelle nationale, nous pouvons également interroger les fragmentations à une échelle mondiale. Les pays anciennement colonisés sont davantage exposés aux dérèglements environnementaux, les pays africains également puisque les terres sont encore exploitées et fragilisées par les pays européens. Mais face à ces désastres, les frontières apparaissent comme des remparts, les flux circulent librement mais pas les humains. On choisit qui a le droit de se mettre à l’abri. Les pays industrialisés continuent de produire, d’exploiter et de polluer en étant directement responsables de ce que subissent les habitants des pays les plus touchés par la sécheresse, les catastrophes naturelles et la montée des eaux.
Ce n’est pas qu’une crise écologique, c’est avant tout une crise sociale.
A l’heure où on nous demande de moins prendre l’avion, dans les quartiers on essaye tout simplement de vivre dignement, de survivre tout en sachant que l’étau se resserre, que la mort est à tous les coins de rue. Si ce n’est pas sous les coups d’un policier qu’un jeune peut mourir, il peut tout simplement subir les conséquences de la pollution. Alors même si les politiques ferment les yeux, que les programmes sont nauséabonds il y a des militants sur le terrain qui redonnent de l’espoir, qui font bouger les choses. Ce livre en est le résultat. Donner des pistes pour l’avenir, pour que les enfants des quartiers puissent grandir comme tous les autres, pour que des projets émergent, qu’ensemble on puisse se mobiliser.
Comme Luffy nous prendrons la mer, un jour nous quitterons le royaume et nous serons libres. A l’abordage !
Pour une écologie pirate !



