Bibliothèque Populaire : Susan Abulhawa – Les matins de Jénine.
- 1 juil.
- 3 min de lecture

« C’est pour toi que je prie, ô ville de la prière. Ya bahiyat el masakin. Ya rose entre toutes les villes. Nos yeux voyagent vers toi tous les jours…, pour atténuer la peine de vos églises et ôter la tristesse de vos mosquées… »
On a tous déjà chantonné cette chanson de Fairuz Zahrat Al Mada’yn en manifestation. Dans les matins de Jénine, c’est Amal qui l’écoute en voiture.
Si la littérature militante et historique est florissante autour de la Palestine, son histoire résonne aussi dans les romans. Susan Abulhawa nous propose une double narration : l’histoire de la Palestine et celle de ses enfants. Les deux ne pourraient être racontées indépendamment l’une de l’autre. Ici, on suit l’histoire d’Amal et de sa famille ainsi que celle de la Palestine à partir de 1948.
Au début du roman, nous sommes dans un petit village, Ein Hod. Il y fait bon vivre, les maisons sont en pierres, on sent le doux parfum des orangers et on vit de la culture des oliviers. Hassan, le père d’Amal, cultive les oliviers comme ses ancêtres, ces arbres centenaires sont le symbole de l’enracinement de leur famille à cette terre. Mais en 1948, les colons expulsent les Palestiniens de chez eux, les obligeant à tout quitter, c’est la Nakba. La famille doit quitter la maison familiale, tout abandonner derrière elle. C’est un déchirement.
Tout au long du roman, nous suivons les différentes générations qui composent cette famille palestinienne. Amal grandit dans le camp de Jénine et finit par quitter la Palestine pour les États-Unis, son frère Ismaïl disparaît brutalement, enlevé par des Israéliens qui l’élèveront sans lui révéler sa véritable identité pour en faire un soldat de « l’armée la plus morale du monde ».
À travers les différentes histoires, les trajectoires, les regards, Susan Abulhawa ne nous livre pas seulement un récit historique. La mémoire est omniprésente dans le roman, c’est elle qui permet de tenir, de résister, de ne pas oublier un monde disparu, menacé. Mais c’est avant tout une histoire de famille, de transmission, garder le lien, transmettre des histoires aux générations futures.
C’est avec des mots justes, de belles descriptions mais aussi des scènes de violence que Susan Abulhawa nous raconte l’histoire de la famille d’Amal mais aussi celle de leur mère patrie, la Palestine.
« Quand nous mourons, nous retournerons à la terre. D’une certaine manière, c’est elle qui nous possède. La Palestine nous possède et nous lui appartenons. »
Ce livre vient s’inscrire dans la lignée des récits de familles palestiniennes que l’on peut également retrouver au grand écran comme le film Ce qu’il reste de nous, il est question d’humaniser les Palestiniens et de ne pas les réduire à des statistiques macabres.
Les Matins de Jénine nous permet de rentrer dans l’intimité d’une famille qui vit de plein fouet la colonisation, de ne pas faire des Palestiniens une image figée, de comprendre les conséquences de la guerre sur les vies, les relations familiales, la relation à la terre.
Et si ce n’est qu’une fiction, l’histoire de la Palestine et de ses habitants est bien réelle alors nous espérons que tous les Hassan, que toutes les familles retrouveront leurs maisons, que le doux parfum des orangers embaumera à nouveau les rues de Palestine, que les oliviers pousseront à nouveau sur toutes les collines verdoyantes.



