Drapeau de la Rhodésie dans l’armée : quels risques futurs ?
Le 23 août, Mediapart a dévoilé deux photos de militaires français posant devant le drapeau de la Rhodésie. Ce même drapeau, retrouvé au sein de plusieurs groupes de militaires pourtant espacés de plusieurs milliers de kilomètres, montre que ce n’est pas un problème isolé, mais qu’au contraire, ce drapeau fait partie de l’imaginaire commun de l’armée.

L’utilisation de ce drapeau, reconnaissable par ses bandes vertes encadrant des armoiries sur fond blanc, n’est pas anodine. C’est celui de la Rhodésie, une ancienne colonie britannique située au Zimbabwe. En 1965, la classe coloniale dirigeant la colonie va déclarer son indépendance vis-à-vis du Royaume-Uni par peur de voir les Noirs renverser leur domination blanche. De 1965 à 1979, ce territoire est dirigé par des suprémacistes blancs. Les mouvements de résistance anticoloniale sont violemment réprimés par le gouvernement suprémaciste, les estimations variant entre 20 000 et 40 000 mort·es. Les seuls soutiens de ce territoire à l’international sont l’Afrique du Sud, qui applique alors une politique d’apartheid internationalement condamnée, et le Portugal de Salazar, une dictature fasciste qui exerce alors une répression contre les mouvements indépendantistes d’Angola.
En reprenant ce drapeau, les militaires impliqués revendiquent donc l’héritage rhodésien, qui est un héritage suprémaciste et de prises de pouvoir par la force. Aujourd’hui, cet imaginaire est principalement récupéré par les suprémacistes. En 2024, le néo-nazi Quentin Deranque avait tweeté : « moi je soutiens Adolf mais chacun son truc, et évidemment free Rhodesia ». En 2015, on découvre que le terroriste Dylann Roof, après avoir assassiné 9 personnes noires dans une église étatsunienne, a donné comme nom à son manifeste The Last Rhodesian. Cela montre que la violence d’une extrême droite qui récupère le symbole d’un régime suprémaciste peut servir à justifier ses attaques contre des populations non blanches au nom de la défense de l’Occident.
La récupération d’un tel symbole par l’armée est inquiétante. Contrairement à ce que la propagande laisse entendre, « la grande muette » n’est pas apolitique. Alors que nous sommes dans un contexte de criminalisation des opposants, notamment décoloniaux, par l’État français, l’utilisation récurrente de l’imaginaire suprémaciste par le bras armé de l’État impérialiste français nous montre que l’armée est prête à participer à la répression populaire et qu’elle rêve d’un retour à la toute-puissance qu’elle avait à l’époque coloniale. Cela montre également que des militaires ont choisi leur camp pour les présidentielles. La nostalgie d’un régime d’apartheid, à quelques mois des élections présidentielles, montre que l’armée n’aura aucun problème à se mettre au service d’un État autoritaire. Alors même que Macron et son permis de tuer préparent la voie à Retailleau, qui propose un « état d’urgence anti-trafic », ce qui n’est ni plus ni moins qu’un état de siège autour des quartiers populaires, pourrait voir l’armée assister les flics.
Dans le contexte de militarisation actuel, cette proximité affirmée avec l’extrême droite néo-nazie permet à des militants ultraviolents de s’entraîner au maniement des armes. De nombreux militants néo-nazis, parfois militaires français, sont partis en Ukraine afin de se former aux techniques de combat. Cela peut laisser présager la création de milices d’extrême droite, voire carrément d’une armée pouvant soutenir directement une montée au pouvoir de l’extrême droite. L’armée a en effet une place importante dans les dictatures d’extrême droite et, bien souvent, également dans leur mise en place. On peut notamment penser à l’Espagne ou au Chili. L’armée française a également historiquement été mobilisée contre les acquis sociaux. En 1871, elle opère au massacre de 10 000 communard·es. Mais les années 60 et le début de la Ve République en sont également un des exemples les plus flagrants. Elle est créée à la suite d’un premier coup d’État militaire en 1958 demandant le retour de De Gaulle. Puis, le 21 avril 1961, l’armée tente un nouveau coup d’État par peur de voir l’Algérie prendre son indépendance. Les militaires ont également une grande place dans la création de l’OAS, une organisation terroriste d’extrême droite demandant l’Algérie française. En mai 68, alors que le général De Gaulle est contesté, il s’assure du soutien de l’armée pour conserver le pouvoir. Encore actuellement, l’armée réprime les mouvements sociaux. En 2024, l’armée française a été envoyée pour réprimer les contestations kanakes.
Ainsi, cette importance de la tradition répressive de l’armée et sa proximité actuelle avec l’extrême droite doivent nous questionner. Les élections présidentielles approchent et, plus que le scrutin, il faut se questionner sur l’après. L’armée restera-t-elle tranquille en cas de victoire progressiste ou continuera-t-elle de protéger les intérêts directs du patronat ? Si l’extrême droite arrive au pouvoir, comment faire pour résister à une armée qui semble déjà gagner à leur cause ? Aujourd’hui, plus que la question des présidentielles, nous devons nous préparer à l’après-présidentielle et aux différents scénarios possibles.



