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Grève générale : 1,6 million de personnes mobilisées, une démonstration de force populaire face au gouvernement.

il y a 2 jours
4 min de lecture
Manifestation syndicale du 5 novembre 2026 en France : mobilisation populaire pour les salaires, les services publics et le pouvoir d'achat.

Avec près de 1,6 million de personnes recensées par la CGT dans les grèves et les manifestations, la journée du 5 novembre constitue un nouveau cap dans la mobilisation sociale. Salaires, services publics, conditions d'études et pouvoir d'achat : une colère populaire plurielle s'est exprimée dans tout le pays. Mais derrière cette démonstration de force se dessinent aussi des questions stratégiques : quelle place pour les revendications de la jeunesse, quelles formes d'organisation pour le mouvement et comment transformer cette mobilisation en perspective politique ?


Une démonstration de force populaire


Le 5 novembre, la mobilisation a franchi un nouveau seuil. La CGT recense 1 573 000 personnes mobilisées dans 207 villes, tandis que le ministère de l'Intérieur en dénombre 575 000. Plus de 250 rassemblements étaient annoncés sur le territoire. Selon la CGT, il s'agit du niveau de mobilisation le plus important depuis la bataille des retraites de 2023.

Cheminots, personnels de la fonction publique, salarié·es de l'industrie, étudiant·es et lycéen·nes : la mobilisation a traversé de nombreux secteurs. La CGT fait notamment état d'un cheminot sur trois en grève et de plus de 2 000 arrêts de travail dans différents secteurs professionnels.


Cette journée se distingue des précédentes par son caractère organisé et interprofessionnel. Là où les premières mobilisations avaient largement reposé sur des initiatives locales, des blocages et des rassemblements spontanés, le 5 novembre a permis de donner une expression nationale et coordonnée à ces colères. La force des organisations syndicales a rendu possible cette convergence entre des secteurs qui ne se mobilisent pas toujours simultanément.


La jeunesse, une convergence encore inachevée ?


Une question mérite néanmoins d'être posée : dans cette convergence, quelle place occupent réellement les revendications des lycéen·nes et des étudiant·es ?

Depuis septembre, la jeunesse en métropole mais aussi d'outre mer a largement contribué à remettre la question sociale au centre du débat. Conditions d'études dégradées, manque de personnels, établissements vétustes, sélection scolaire et universitaire : ses revendications dépassent largement le seul cadre de l'Éducation nationale. Les syndicats de l'éducation les ont soutenues, mais l'élargissement de la mobilisation autour des salaires et des revendications interprofessionnelles pose la question de leur visibilité.


La déclaration intersyndicale du 6 novembre reconnaît elle-même cette difficulté : les organisations syndicales regrettent que les jeunes et les fonctionnaires, pourtant mobilisés, ne disposent pas d'un rendez-vous spécifique avec Matignon.

Une autre interrogation concerne les formes d'action. Les blocages de lycées, les initiatives étudiantes et les rassemblements portés par des collectifs de jeunesse ont parfois bénéficié d'une visibilité supérieure aux manifestations syndicales traditionnelles. Leur caractère spontané, leur capacité à occuper l'espace public médiatique et en ligne, couplé à leur réactivité ont contribué à rendre le mouvement particulièrement visible.


Faut-il y voir une opposition entre mobilisation spontanée et organisation syndicale ? Certainement pas. La journée du 5 novembre démontre précisément l'utilité d'une organisation collective capable de mobiliser des centaines de milliers de travailleurs et travailleuses. Mais elle invite aussi à réfléchir à la complémentarité des modes d'action : les blocages peuvent créer un rapport de force, les assemblées générales construire des décisions collectives et la grève interprofessionnelle donner à ces mobilisations une puissance économique et nationale. L'enjeu est de faire coexister ces pratiques sans que les revendications disparaissent derrière les autres.


À Toulouse, le droit de manifester entravé


Cette démonstration de force s'est accompagnée d'une répression particulièrement préoccupante. À Toulouse, la préfecture a interdit le parcours syndical traditionnel dans le centre-ville, une décision contestée en vain devant le tribunal administratif. Le cortège s'est heurté à un dispositif policier préparé et violent au pont des Catalans. Charges et gaz lacrymogènes ont marqué un face-à-face qui a duré près d'une heure et demie. La CGT a dénoncé plusieurs blessé·es, tandis que les députés insoumis François Piquemal, Christophe Bex et Anne Stambach-Terrenoir étaient présents aux côtés des manifestant·es. L'intersyndicale nationale a également dénoncé les entraves au droit de manifester à Toulouse et à Lyon. Au-delà des circonstances précises des affrontements, l'interdiction d'un parcours syndical et la réponse policière interrogent directement l'exercice d'une liberté fondamentale. Une mobilisation populaire ne devrait avoir à négocier, à chaque manifestation, les conditions mêmes de son droit à exister dans l'espace public.


Du rapport de force social au débouché politique


Face à cette mobilisation, Sébastien Lecornu a annoncé une conférence sociale à Matignon le 9 novembre. Mais une réunion institutionnelle ne constitue pas une victoire : les organisations syndicales attendent des réponses concrètes sur les salaires, les services publics et les revendications portées depuis plusieurs semaines. Elles doivent décider des suites du mouvement à l'issue de cette rencontre.


L'enjeu dépasse toutefois les seules négociations immédiates. À quelques mois de l'élection présidentielle de 2027, la question du débouché politique de cette colère populaire devient incontournable. Jean-Luc Mélenchon a officiellement annoncé sa candidature le 3 mai, faisant de cette échéance un rendez-vous central pour La France insoumise.


Une campagne présidentielle ne saurait remplacer les mobilisations sociales, pas plus qu'une candidature ne peut prétendre incarner à elle seule toutes les colères du pays. Mais la perspective d'une alternance politique pose une question essentielle : comment traduire dans un projet de transformation les revendications exprimées dans les rues, les établissements scolaires et les lieux de travail ?


Le 5 novembre a démontré qu'une force populaire considérable existe. Reste à lui donner les moyens de s'organiser, de durer et de peser sur les choix politiques du pays. La rue peut ouvrir une brèche. La mobilisation collective et la construction d'un projet politique peuvent lui donner un avenir.

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