Le Triomphe de la Forêt Cathédrale : Comment l'ACCOB a Vaincu le Béton.
- 14 août
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Chronique d'une Victoire Citoyenne

C'est à l'été 2015 que débute l'une des plus emblématiques mobilisations écologiques et citoyennes du Haut-Béarn. Alors que la municipalité d'Oloron-Sainte-Marie et la société GC Conseil tentent d'imposer en catimini un projet destructeur d'extraction industrielle, une poignée d'habitants décide de briser le silence. Face à la menace imminente d'ouverture de carrières géantes à Soeix et au cœur de la forêt classée du Bager, l'ACCOB voit le jour. Dès ses premières heures, l'association s'impose un principe fondateur : transformer l'indignation en rigueur et opposer à la langue de bois des promoteurs une expertise de terrain irréprochable.
1. Sortir de l'Ombre : La Bataille de l'Information
Pendant des mois, face à des élus muets et des porteurs de projet dissimulant l'ampleur de leurs intentions, les bénévoles de l'ACCOB mènent un véritable travail d'investigation foncière. Numéro de parcelle après numéro de parcelle, ils cartographient l'emprise réelle du massacre à venir. Traités de « fantasques » et d'« affabulateurs » par leurs adversaires, la bascule s'opère lorsqu'un dossier confidentiel tombe mystérieusement entre leurs mains : les cartes de l'association correspondaient à l'identique aux plans secrets des promoteurs.
Ce coup de théâtre met en lumière la réalité du projet : 120 ans d'exploitation programmée, des norias de centaines de poids lourds par jour, la création de zones industrielles lourdes (centrales à béton et à bitume), et l'effondrement de la valeur immobilière des riverains. En novembre 2016, lors d'une réunion publique que la mairie espérait confidentielle, l'ACCOB réussit un tour de force : mobiliser plus de 400 citoyens en colère. La salle comble hâtivement réunie se transforme en un tribunal populaire où les arguments techniques de GC Conseil volent en éclats.
2. La Mue Stratégique : S'Ancrer dans le Vivant

Comprenant que la simple protestation ne suffirait pas à faire plier une coalition d'intérêts financiers et politiques, l'association opère une mue décisive. Elle devient l'Association pour la Conservation du Cadre de vie d'Oloron et du Bager. Tout en maintenant une opposition absolue aux carrières, l'ACCOB s'affirme comme une force de proposition et un bouclier pour tout l'écosystème du piémont.
L'association mène alors le combat sur tous les fronts :
Scientifique et Géologique : Entourée de spécialistes, l'ACCOB met au jour les trésors méconnus de la forêt du Bager — coulées de laves sous-marines, pillow lavas et une rosace basaltique rarissime en France — prouvant qu'on ne broie pas un musée géologique à ciel ouvert pour en faire du remblai.
Économique et Logistique : Elle démontre l'absurdité du projet en prouvant que le Béarn produit déjà trois fois plus de granulats qu'il n'en consomme, et que l'arrivée du terminal portuaire de Grattequina sur la Garonne rend l'extraction pyrénéenne économiquement mort-née face au ballast écossais ou norvégien.
Institutionnel et Juridique : Avec le soutien de juristes de renom comme Michel Lagarde, Danièle Favari, l'ACCOB s'invite dans les instances régionales (SRADDET) et fait entendre sa voix jusqu'au Parlement européen.
Médiatique et Culturel : De la défense des petits éleveurs à Mauléon avec le syndicat ELB aux convergences avec Stop Mines EH au Pays Basque, l'ACCOB maille le territoire. Elle fait obtenir le label « Ensemble Arboré Remarquable » par l'association A.R.B.R.E.S. et s'allie avec les photographes locaux pour immortaliser cette « Petite Amazonie des Pyrénées ».
3. Les Nouvelles Armes : Innovation et Vigilance Citoyenne
L'ACCOB ne s'est pas contentée d'attendre les décisions administratives ; elle a continuellement innové pour Sanctuariser le territoire :
La Cartographie Interactive de Réseau : Après les dégradations subies sur la parcelle labellisée du Cerisier, l'association a développé un outil numérique multicouche géolocalisant au mètre près chaque arbre remarquable, les sites géologiques, les vestiges napoléoniens et les espèces protégées comme le pic à dos blanc ou le Desman des Pyrénées.
La Sentinelle des Rivières : Qu'il s'agisse des gaves ou du petit ruisseau du Payssas à Asasp-Arros, de la carrière Laborde au Bager, l'ACCOB est devenue la gardienne intransigeante de la Loi sur l'Eau, rappelant aux pollueurs et aux marchands de doutes que la pureté des cours d'eau n'est pas négociable.
Le Lient Intergénérationnel : En animant des marches pour la Journée internationale des forêts ou en accompagnant les écoles, des groupes, l'ACCOB a réenraciné la mémoire de la forêt, des anciennes scieries aux maquisards de la Borne 12, dans le cœur des jeunes et des aînés.
La Victoire : Quand le Peuple Fait Plier les Géants

À force de ténacité, d'arguments irréfutables, de recours juridiques rigoureux et d'une pression populaire constante qui n'a jamais faibli au fil des années, l'impensable s'est produit : les promoteurs ont fini par s’effacer et les projets de carrières ont été définitivement abandonnés par la municipalité actuelle toutes sensibilités confondues mais aussi par la Communauté de Communes (CCHB).
Cette victoire éclatante apporte une preuve fondamentale à la démocratie locale : face à des géants de l'industrie extractive, face à des élus sourds et face à la puissance de l'argent, la résignation n'est pas une fatalité. Lorsque la population décide de se prendre par la main, de s'unir, de s'instruire et de se battre pied à pied pour son bien commun, la force du nombre et de la raison peut terrasser les plus puissants. L'ACCOB a non seulement sauvé la forêt du Bager et les terres de Soeix, mais elle a légué au Haut-Béarn une leçon d'espoir universelle : unis, les citoyens sont invincibles.
Ainsi s'écrit un nouvel avenir : les générations futures bénéficieront d'une forêt protégée et vertueuse, tandis que les agriculteurs et le Lycée agricole de Soeix conservent les terres nourricières indispensables à leur avenir.


