Mamdani n'était que le début : les socialistes américains font trembler le système.
Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Le 23 juin 2026, les socialistes démocrates de New York ont réalisé une performance qui aurait semblé improbable il y a encore quelques années : ils ont remporté la grande majorité des primaires auxquelles ils participaient, évincé un représentant au Congrès en poste depuis cinq mandats et ouvert la voie à l’élection d’une ancienne responsable des adhésions des Socialistes démocrates d’Amérique (DSA) à la Chambre des représentants. Moins d’un an après la victoire de Zohran Mamdani à la mairie de New York, la question n’est plus de savoir si son succès relevait d’un simple accident électoral. Il s’agit désormais de déterminer s’il a impulsé une dynamique politique nouvelle ou s’il a simplement confirmé à une gauche déjà en expansion que son heure était venue.
Les résultats de juin.
Les victoires les plus marquantes ont été remportées dans deux circonscriptions pour la Chambre des représentants. Dans la 7e circonscription, Claire Valdez, organisatrice syndicale de l’UAW et élue à l’Assemblée de l’État de New York, a battu Antonio Reynoso, président de l’arrondissement de Brooklyn, avec plus de vingt points d’avance (IVN). Dans la 13e circonscription, Darializa Avila Chevalier, militante associative engagée dans les quartiers populaires, a battu le représentant sortant Adriano Espaillat, président du Congressional Hispanic Caucus, le groupe des élus hispaniques du Congrès. La campagne a attiré plusieurs millions de dollars de financements extérieurs, notamment de la part de l’AIPAC, le principal lobby pro-israélien aux États-Unis. De son côté, Alexandria Ocasio-Cortez, la figure la plus connue du mouvement, a largement remporté l’investiture de son parti pour un nouveau mandat, avec 87 % des voix.
À l’échelon local, les résultats ont été tout aussi remarquables. Selon le décompte du The Indypendent, neuf des dix candidats soutenus par les DSA à New York ont remporté leur primaire (The Indypendent). Dans les élections à l’Assemblée de l’État et au Sénat de l’État de New York, Aber Kawas, candidate au Sénat, ainsi que les candidats à l’Assemblée Christian Celeste Tate, David Orkin, Eon Huntley, Illapa Sairitupac et Samantha Kattan ont tous remporté leur scrutin avec des écarts à deux chiffres. Adam Bojak était, quant à lui, en passe de devenir le premier élu des DSA dans l’ouest de l’État de New York (New York Focus). La seule défaite a été enregistrée à Harlem, où Conrad Blackburn s’est incliné face au sortant Jordan Wright, après que des groupes extérieurs à sa campagne ont dépensé plus de 900 000 dollars contre lui.
L’argent n’a pourtant pas déterminé l’issue de la soirée électorale. Les super PAC (des organisations politiques capables de lever et de dépenser des sommes considérables pour soutenir ou combattre des candidats) ont injecté 9,6 millions de dollars dans les primaires législatives de l’État, soit près de cinq fois le montant enregistré en 2024. Les primaires pour la Chambre des représentants dans l’État de New York sont, quant à elles, devenues les plus coûteuses de son histoire, avec plus de 50 millions de dollars de dépenses extérieures. Les 2,9 millions de dollars spécifiquement consacrés à combattre les candidats des DSA n’ont, dans leur grande majorité, pas permis d’empêcher leurs victoires.
Si les candidats investis remportent les élections générales de novembre, les DSA compteront au moins quinze élus au sein de la législature de l’État. Ce groupe restera minoritaire dans une assemblée de 213 membres, mais il pourrait peser dans les débats, alors que Zohran Mamdani cherche à convaincre les élus d’Albany d’augmenter les impôts des plus fortunés.
Mouvement politique ou feu vert électoral ?
La réponse la plus juste est sans doute : les deux, dans cet ordre. Zohran Mamdani n’a pas créé le mouvement socialiste new-yorkais. Dès 2018, les DSA avaient fait élire leur premier représentant à la législature de l’État, la même année où Alexandria Ocasio-Cortez remportait son siège au Congrès. À l’échelle nationale, le nombre d’adhérents des DSA est passé d’environ 6 000 à près de 120 000 après la campagne de Bernie Sanders en 2016 (Spectrum News). Ashik Siddique, coprésident national de l’organisation, présente les victoires de cette année comme le fruit de graines semées depuis longtemps, qui ne commencent à porter leurs fruits que maintenant.
L’apport de Mamdani tient à la fois à la démonstration qu’une telle victoire est possible et à l’accélération qu’il a imprimée à cette dynamique, notamment auprès des jeunes générations. Le nombre d’adhérents des DSA a doublé au cours des deux années entourant sa campagne. Cette année, la section new-yorkaise de l’organisation, NYC-DSA, a présenté le plus grand nombre de candidats de son histoire aux élections de l’État, avec l’objectif explicite de prolonger sa victoire. Mamdani a par ailleurs apporté son soutien à presque tous les candidats des DSA présents sur les bulletins de vote (NY1).
Même ses adversaires lui reconnaissent ce rôle. Jeff Leb, qui dirige un super PAC soutenant des candidats modérés face aux challengers des DSA, a qualifié Mamdani de catalyseur, estimant que sa victoire avait contribué à réveiller les consciences (New York Focus).
La coalition électorale a également évolué. Selon le Washington Post, les vainqueurs des primaires de juin ont bénéficié du soutien d’un électorat multiracial, jeune et diplômé de l’enseignement supérieur, qui dépasse désormais les bastions traditionnels des DSA (Washington Post). C’est cet élargissement, davantage que le résultat d’un scrutin particulier, qui permet de parler d’un mouvement politique plutôt que du succès d’un candidat charismatique.
Pourquoi le 3 novembre est décisif.
Le 3 novembre, l’ensemble des sièges de la Chambre des représentants et 35 sièges du Sénat seront renouvelés. Les républicains contrôlent actuellement les deux chambres du Congrès, avec notamment une majorité de 53 sièges contre 47 au Sénat (Council on Foreign Relations).
Les démocrates n’ont besoin que de gagner quatre sièges nets à la Chambre pour en reprendre le contrôle. Historiquement, le parti du président sortant de la Maison-Blanche a perdu en moyenne 31 sièges à la Chambre lors des cinq dernières élections de mi-mandat. Au 4 octobre, les prévisions de Decision Desk HQ attribuaient aux démocrates 76 % de chances de conquérir la Chambre et 56 % de chances de reprendre le Sénat (Decision Desk HQ).
L’issue du scrutin déterminera si Donald Trump conserve le contrôle unifié de Washington pendant les deux dernières années de son mandat ou s’il doit composer avec un Congrès disposant notamment de pouvoirs d’enquête et de moyens de pression sur les dépenses publiques. New York se trouve au cœur de cette bataille à deux titres : la gouverneure Kathy Hochul y affronte le républicain Bruce Blakeman, tandis que la 17e circonscription de l’État, située dans la vallée de l’Hudson, figure parmi les plus disputées du pays.
Pour la gauche, l’enjeu est surtout celui du poids politique. Les candidats des DSA investis pour les élections législatives nationales se présentent dans des circonscriptions solidement démocrates, ce qui rend leurs victoires en novembre largement probables. Le véritable test sera de savoir si une éventuelle majorité démocrate comprendra un groupe de socialistes suffisamment nombreux pour influer sur son programme, ou si cette majorité reposera essentiellement sur des élus modérés issus de circonscriptions disputées, qui auront pris leurs distances avec la gauche radicale pendant la campagne.
Comment New York influence les élections ailleurs dans le pays.
En quelques jours, les résultats new-yorkais sont devenus un modèle pour d’autres campagnes. Une semaine après le 23 juin, Melat Kiros, soutenue par les DSA, a remporté une primaire pour la Chambre des représentants dans le Colorado, à Denver, en battant Diana DeGette, élue depuis trente ans (Spectrum News). Elle est désormais largement favorite pour devenir la première femme noire du Colorado à siéger au Congrès (Emgage Action).
Au total, sept candidats soutenus par les DSA ont remporté des primaires pour la Chambre des représentants cette année, parmi lesquels Chris Rabb en Pennsylvanie et Donavan McKinney dans le Michigan (The National Desk).
Cette influence dépasse le seul périmètre des DSA. Dans le Michigan, Abdul El-Sayed a remporté l’investiture démocrate pour les élections sénatoriales face à la représentante Haley Stevens, alors même que son adversaire disposait d’un budget de campagne environ onze fois supérieur au sien. Il a notamment axé sa campagne sur la baisse du coût de la vie. Bien qu’il ne soit pas membre des DSA, le centre de recherche Brookings considère sa victoire comme l’un des signes les plus nets de l’élargissement de l’influence de la gauche (Brookings).
La victoire de Graham Platner lors de la primaire démocrate pour le Sénat dans le Maine, ainsi que la défaite du représentant Dan Goldman face à Brad Lander à Manhattan, s’inscrivent dans cette même dynamique : celle de candidats contestant l’appareil du parti et parvenant à battre les candidats soutenus par l’establishment démocrate (NBC News).
Le dénominateur commun de ces campagnes tient moins à une identité idéologique parfaitement homogène qu’à une méthode : mettre inlassablement l’accent sur le coût de la vie, mobiliser massivement les bénévoles sur le terrain et contester les élus sortants sur leur âge, leurs financements politiques ou leur position sur la Palestine. Zohran Mamdani lui-même a inscrit son projet dans une perspective nationale, affirmant vouloir faire des États-Unis un pays où chaque Américain puisse vivre selon ses moyens. Les républicains ont également pris la mesure de cette dynamique et utilisent désormais son nom comme un argument d’attaque contre les démocrates dans les circonscriptions disputées du pays.
Les arguments des sceptiques.
Tout le monde ne voit pas dans ces résultats l’émergence d’un mouvement de fond. Dans une analyse publiée par Brookings, Elaine Kamarck a recensé 282 candidats soutenus par les DSA à l’échelle nationale, soit une infime fraction des milliers de démocrates ayant participé aux élections. Les candidats investis par les DSA représentaient bien moins de 1 % de l’ensemble des candidatures démocrates (Brookings).
Ces candidats ont remporté environ les trois quarts des primaires pour les assemblées législatives des États, mais moins d’un tiers des primaires pour la Chambre des représentants. Seuls dix d’entre eux ont gagné dans des circonscriptions où l’avantage démocrate était inférieur à dix points. La conclusion de Kamarck est sans appel : beaucoup d’effervescence médiatique, mais pas de révolution (Spectrum News).
Les démocrates centristes craignent, de leur côté, que ces candidats ne fournissent aux républicains des arguments faciles à exploiter dans les circonscriptions les plus disputées. Les analyses du Cook Political Report indiquent que, dans les circonscriptions les plus susceptibles de basculer, les électeurs des primaires ont majoritairement choisi des candidats modérés.
Certains des vainqueurs ont déjà cherché à maîtriser les conséquences politiques de leur victoire. Après sa primaire, Darializa Avila Chevalier a ainsi supprimé d’anciennes publications dans lesquelles elle exprimait son soutien au communisme. D’autres observateurs estiment que New York constitue un cas particulier : un électorat très largement démocrate, une notoriété nationale et un ancrage politique local que peu d’autres territoires peuvent égaler (MS NOW).
Les partisans du mouvement répondent que ces victoires traduisent un mécontentement réel à l’égard de l’appareil démocrate et que ces candidats contribuent à faire entrer dans le jeu politique de nouveaux électeurs, notamment parmi les jeunes générations.
Le scrutin de novembre commencera à trancher le débat.
Ambika Sood

Movement or Green Light ? NYC's June Socialist Wave and the 2026 Midterms.

On June 23, 2026, New York City's democratic socialists did something that would have sounded far-fetched a few years ago: they swept most of their primaries, unseated a five-term member of Congress, and sent a former DSA membership chair toward a House seat. Less than a year after Zohran Mamdani won City Hall, the question is no longer whether his victory was a fluke. It is whether he started something, or simply proved to an already growing left that its moment had arrived.
What happened in June.
The headline wins came in two House races. In the 7th District, UAW organizer and Assemblymember Claire Valdez beat Brooklyn Borough President Antonio Reynoso by more than 20 points (IVN). In the 13th District, community advocate Darializa Avila Chevalier ousted Rep. Adriano Espaillat, chair of the Congressional Hispanic Caucus, in a race that drew millions in outside money including from AIPAC. Rep. Alexandria Ocasio-Cortez, the movement's best-known member, cruised to renomination with 87 percent.
Down the ballot, the results were just as striking. By The Indypendent's count, nine of the 10 DSA-endorsed candidates in the city won (The Indypendent). In the Albany races, Aber Kawas (state Senate) and Assembly candidates Christian Celeste Tate, David Orkin, Eon Huntley, Illapa Sairitupac and Samantha Kattan all won by double digits, and Adam Bojak was on track to become DSA's first legislator from Western New York (New York Focus). The lone loss was in Harlem, where Conrad Blackburn fell to incumbent Jordan Wright after outside groups spent more than $900,000 against him.
Money did not decide the night. Super PACs poured $9.6 million into state legislative primaries, nearly five times the 2024 total, and New York's congressional primaries became the most expensive in the state's history at more than $50 million in outside spending. The $2.9 million spent specifically against DSA candidates largely failed. If the nominees win in November, DSA will hold at least 15 seats in the legislature, a small bloc in a 213-member body but one that could matter as Mamdani pushes Albany to raise taxes on the wealthy.
Is this a movement or green light?
The honest answer is both, in sequence. Mamdani did not invent New York's socialist movement. DSA elected its first state lawmaker in 2018, the same year Ocasio-Cortez won her seat, and national membership grew from roughly 6,000 to about 120,000 after Bernie Sanders's 2016 run (Spectrum News). DSA's national co-chair Ashik Siddique describes this year's wins as seeds planted long ago that are only now bearing fruit.
What Mamdani added was proof of concept and acceleration along with relating to younger generations. Membership doubled in the two years around his campaign. NYC-DSA fielded its biggest-ever state slate this year explicitly to build on his win, and he endorsed nearly every DSA candidate on the ballot (NY1). Even his opponents give him that credit: Jeff Leb, who runs a super PAC backing moderates against DSA challengers, called Mamdani the catalyst whose win woke people up (New York Focus).
The coalition also changed. The Washington Post found that June's winners drew a multiracial base of young, college-educated voters reaching beyond DSA's traditional strongholds (Washington Post). That expansion, more than any single race, is what makes this a movement rather than one charismatic candidate.
Why November 3 matters.
Every House seat and 35 Senate seats are on the ballot. Currently, Republicans hold both chambers, including a 53 to 47 Senate majority (CFR). Democrats need a net gain of just four House seats to flip it and the president's party has lost an average of 31 House seats across the last five midterms. As of October 4, Decision Desk HQ gave Democrats a 76 percent chance of winning the House and a 56 percent chance of winning the Senate (DDHQ).
The outcome decides whether President Trump keeps unified control of Washington for his final two years or faces a Congress with subpoena power and leverage over spending. New York sits at the center of that fight twice over: Governor Kathy Hochul faces Republican Bruce Blakeman and the Hudson Valley's 17th District is one of the closest House races in the country.
For the left specifically, the stakes are about scale. DSA's congressional nominees are running in safe blue seats, so their November wins are largely assured. The real test is whether a Democratic majority, if one arrives, includes a socialist bloc large enough to shape its agenda or whether the party's margin comes from moderates in swing districts who campaigned at arm's length from it.
How New York is shaping races elsewhere.
New York's results became a template within days. A week after June 23, DSA-backed Melat Kiros won a House primary in Denver (Spectrum News) against 30-year incumbent Diana DeGette, and she is heavily favored to become Colorado's first Black woman in Congress (Emgage Action). In all, seven DSA-backed candidates won congressional primaries this year, including Chris Rabb in Pennsylvania and Donavan McKinney in Michigan (The National Desk).
The influence reaches beyond DSA itself. In Michigan, Abdul El-Sayed won the Democratic Senate nomination over Rep. Haley Stevens despite being outspent by roughly 11 to 1, running heavily on lowering costs. Although he is not a DSA member, Brookings counts his win among the clearest signs of the left's growing reach (Brookings). Graham Platner's win in Maine's Senate primary and Brad Lander's defeat of Rep. Dan Goldman in Manhattan fit the same pattern of insurgents beating establishment picks (NBC News).
The common thread is less ideology than method: a relentless focus on affordability, big volunteer field operations, and a willingness to challenge incumbents over age, money and Palestine. Mamdani himself has framed the goal in national terms, saying he wants to make America a place every American can afford. Republicans have noticed too, and are using his name as a cudgel against Democrats in swing districts nationwide.
The skeptics' case.
Not everyone sees a movement. A Brookings analysis by Elaine Kamarck identified 282 DSA-endorsed candidates nationwide, a sliver of the thousands of Democrats who ran; DSA nominees made up well under 1 percent of the party's nominations (Brookings). They won about three-quarters of state legislative primaries but fewer than a third of congressional ones, and only 10 won in districts less Democratic than D+10. Kamarck's verdict: lots of hype, but not a revolution (Spectrum News).
Centrist Democrats worry these nominees hand Republicans an easy attack line in swing seats. Cook Political Report research shows that in the districts most likely to flip, primary voters mostly chose moderates. Some winners have already moved to manage their records; Avila Chevalier removed old posts praising communism after her primary. Others argue New York is simply unusual: a deep-blue electorate, national name recognition and local credentials that few places can match (MS NOW).
Supporters counter that the wins reflect real frustration with the party establishment and that these candidates bring new young voters into the process. November will start to settle the argument.
Ambika Sood



