Trois blocs face à une même crise : pourquoi l’union du progressisme est devenue indispensable ?

L’année politique qui s’ouvre conduira aux élections présidentielles et législatives du printemps prochain. L’enjeu est considérable : la progression du bloc réactionnaire et conservateur rend désormais crédible son accession au pouvoir.
L’Europe et l’État français traversent une période de profonde incertitude politique, sociale et démocratique. Progression de l’extrême droite, épuisement du bloc libéral, fragmentation de la gauche : un nouveau paysage politique se dessine. Derrière les alternances et les querelles partisanes, une réalité s’impose : le modèle social est fragilisé, les services publics reculent et une part croissante de la population se sent abandonnée.
Pour comprendre cette situation, il faut dépasser les seules étiquettes partisanes et regarder les trois grands blocs qui s’affrontent désormais sur la conception même de la société : le bloc réactionnaire et conservateur, le bloc libéral et le bloc progressiste.
Le bloc réactionnaire : transformer les colères en divisions.
Le bloc réactionnaire prospère sur les inquiétudes, les fractures territoriales, le sentiment de déclassement et la défiance envers les institutions. Il promet de restaurer l’autorité, les frontières, une identité présentée comme menacée et un ordre social supposément disparu.
Sa force tient à sa capacité à apporter des réponses simples à des problèmes complexes. Crise du logement, difficultés d’accès aux soins, dégradation des services publics, insécurité ou sentiment d’abandon territorial sont ramenés à une même explication : l’étranger, l’immigration, les minorités ou les « assistés ».
Cette stratégie transforme les difficultés réelles en divisions entre citoyen.ne.s. Elle détourne la colère sociale de ses causes profondes et oppose les populations au lieu de répondre à leurs difficultés.
C’est une impasse. Mais elle ne peut plus être combattue par la seule dénonciation de l’extrême droite.
Le bloc libéral : une promesse à bout de souffle.
Le bloc libéral apparaît lui aussi profondément fragilisé. Pendant des décennies, il a prétendu incarner la modernité, la responsabilité et le dépassement des clivages. Mais la réduction de la dépense publique, la mise en concurrence, la flexibilisation du travail et la priorité donnée à la compétitivité ont contribué à affaiblir les protections collectives.
Lorsque les services publics se dégradent, que l’accès aux soins devient plus difficile, que l’école et la justice sont sous tension et que les classes populaires et moyennes ont le sentiment de supporter une part croissante de l’effort collectif, le discours appelant toujours à « faire des économies » perd sa crédibilité.
La montée de l’extrême droite est nourrie par les renoncements du centre. Faire barrage peut être nécessaire dans certaines circonstances. Mais faire barrage ne constitue pas un projet de société.
Refonder le bloc progressiste.
Le troisième bloc rassemble les forces sociales, écologistes, démocratiques et émancipatrices. Son principal handicap n’est pas l’absence d’idées, mais la dispersion, la concurrence et les logiques hégémoniques.
L’urgence impose de dépasser cette situation.
L’union progressiste ne peut être une simple addition électorale destinée à empêcher l’autre de gagner. Elle doit construire une alternative capable de répondre à une question fondamentale : comment permettre à chacune et chacun de vivre dignement ?
Elle doit aussi répondre à une autre question : sommes-nous prêts à gouverner ?
Gouverner, c’est décider, arbitrer, prioriser, financer et rendre des comptes. Chaque engagement majeur doit donc être associé à un objectif, un calendrier, un financement et des critères d’évaluation.
Être crédible, c’est promettre ce que l’on est capable de réaliser et donner aux citoyens les moyens de vérifier que les engagements sont tenus.
Un projet social, écologique et territorial.
L’union ne peut se construire sans projet. Elle doit reposer sur trois enjeux essentiels : bifurcation écologique, justice sociale équité fiscale et démocratie.
La transition écologique doit être une transformation de la société : créer des emplois, réindustrialiser, développer les transports collectifs, rénover les logements, réduire les factures énergétiques et préserver les ressources.
La justice sociale doit replacer la dignité au cœur de l’action publique. Aucun citoyen ne devrait avoir à choisir entre se loger, se nourrir, se soigner ou se chauffer.
L’équité fiscale doit rétablir un principe simple : chacun contribue selon ses capacités et les richesses produites collectivement participent au financement des biens communs.
Mais le progressisme doit également être démocratique. Du monde rural aux métropoles, de la Corse à la Bretagne, de l’Alsace au Pays Basque, les mêmes valeurs peuvent s’incarner dans des réalités historiques, culturelles et économiques différentes.
Reconnaître les identités, les langues et les cultures historiques ne signifie pas opposer les citoyen.ne.s. Cela permet au contraire de construire une appartenance commune à la gauche sans exiger de chacun qu’il renonce à ce qu’il est.
Le Pays Basque illustre particulièrement cette exigence. Sa langue, sa culture, son histoire et ses aspirations démocratiques constituent une réalité vivante.
Il faut défendre un universalisme concret : l’égalité des droits pour toutes et tous, mais la capacité de répondre différemment aux réalités des peuples et des territoires. Cela implique davantage de droits et de démocratie locale.
Au Pays Basque, cette démarche peut concerner le pouvoir législatif, la fiscalité et l’exercice plein et entier des compétences sur le logement, le foncier, les mobilités, l’agriculture, le développement économique, la politique linguistique, l’éducation, la préservation du littoral ou encore la coopération transfrontalière.
Face à l’identité fermée proposée par les réactionnaires, le progressisme doit proposer une identité ouverte.
De l’hégémonie à la coopération.
L’union ne sera possible que si les organisations progressistes renoncent à vouloir prendre le dessus les unes sur les autres. Les querelles de leadership, la concurrence pour représenter « la vraie gauche » et les stratégies d’appareil ont contribué à son affaiblissement.
Il faut passer d’une logique d’hégémonie à une logique de coopération.
L’union ne doit pas commencer le soir du scrutin. Elle doit être construite avant, autour des priorités, des méthodes de gouvernance, des engagements budgétaires et des modalités d’évaluation.
Elle doit également se construire à toutes les échelles en commençant par les communes. La transformation démocratique ne peut être décidée uniquement depuis Paris. Elle doit partir des territoires, là où les citoyen.ne.s vivent, travaillent et rencontrent concrètement les services publics.
Cette union doit enfin parler à toute la société : salariés et indépendants, employés et cadres, métropoles et petites communes, jeunes et retraités, quartiers populaires et territoires ruraux, chefs d’entreprises et agriculteurs.
Construire une majorité pour appliquer un programme.
La véritable question n’est donc pas de savoir quelle organisation dominera les autres. Elle est de savoir si nous sommes capables de construire une majorité autour d’un projet de transformation sociale, écologique et démocratique, puis de l’assumer dans l’exercice du pouvoir et en laissant nos étiquettes de côté.
Si le bloc progressiste reste divisé, il laissera face à face un bloc réactionnaire de plus en plus puissant et un bloc libéral incapable de répondre aux causes profondes de la crise.
S’il parvient à s’unir, à clarifier son projet, à renoncer aux logiques hégémoniques et à parler à l’ensemble des citoyen.ne.s, une autre perspective devient possible.
Le Pays Basque peut illustrer cette méthode : donner des moyens aux territoires, expérimenter, évaluer et évoluer.
Face à la réaction, proposer l’émancipation. Face au libéralisme à bout de souffle, proposer la transformation. Face à la fragmentation, construire l’union. Face au scepticisme, apporter la preuve que cette transformation est possible.
Notre objectif doit être de gouverner autrement : avec les peuples, avec les territoires, avec les citoyen.ne.s et au service d’une ambition simple : permettre à toutes et tous de vivre dignement.
Iker Elizalde,
Militant et élu du Pays Basque.



