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Que faire du 14 juillet ?

  • 14 juil.
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14 juillet - Bloc Populaire - Maceo Briffaz

La fête nationale du 14 juillet est fêtée par la majorité des Français. L’imaginaire collectif y voit le soulèvement parisien contre le roi en attaquant la Bastille. En réalité, le soulèvement n’est pas motivé par une volonté de chute du roi mais par des conditions matérielles. Le prix du grain était alors en augmentation constante, ce qui va mener au pillage du couvent Saint-Lazare. Pourtant, le mythe collectif fait passer cet acte comme une révolte face au pouvoir absolu du roi. L’attaque aurait eu lieu contre une prison politique du pouvoir absolu. Cela n’est pas vrai : seules 7 personnes y étaient alors incarcérées. Mais si le mythe exagère l’importance de cette forteresse, elle n’en reste pas moins un symbole de l’absolutisme royal et la révolte contre elle était donc souhaitable. Le problème du 14 juillet n’est donc pas dans ce qu’il signifie pour le grand public mais bien dans la façon dont cette date est devenue la fête nationale et dans ce qu’elle représente.


Ainsi, le 14 juillet est devenu la fête nationale en 1880. Elle est créée par la jeune IIIe République. En effet, entre 1789 et 1880, la France a connu 7 changements de régime. Après la Première République, qui est renversée par Napoléon en 1799, les souverains reprennent la main jusqu’en 1848. Une révolution renverse la monarchie de Juillet et crée la Deuxième République. Cette Deuxième République ne dure que 4 ans puisque, en 1852, le président Louis-Napoléon Bonaparte se fait sacrer empereur sous le nom de Napoléon III, ce qui crée le Second Empire, qui est renversé après la capture de son dirigeant par la Prusse en 1870. Bien que la déchéance de l’empereur soit annoncée par des républicains, les élections de 1871 montrent une victoire des députés royalistes (416 sur 644). Cependant, ils sont divisés sur le candidat au trône. Ils optent donc pour un régime républicain, non par adhésion, mais car ce régime divise moins. Mais ce régime a vocation à laisser la place à une monarchie très rapidement. Cette impression est confirmée par l’élection de Patrice Mac Mahon à la présidence de la République en 1873. Cependant, cette idée des royalistes est mise en déroute par l’adoption des lois constitutionnelles en 1875 et par la victoire des républicains lors des élections de 1876. Cependant, le Sénat reste royaliste jusqu’en 1880. C’est donc dans ce contexte qu’est votée la date de la fête nationale, le régime, bien que républicain, est encore jeune et peut être renversé très rapidement par des opposants royalistes. Au moment du vote, deux cinquièmes de l’Assemblée nationale sont royalistes.


Dans ce contexte, il est compliqué de faire voter comme fête nationale la prise armée d’un des symboles du régime. Le projet de loi annonce donc le 14 juillet sans préciser la raison de cette date. Cela permet en effet une confusion avec la fête de la Fédération. Ayant eu lieu le 14 juillet 1790, cette fête réunit des membres des gardes nationales de toute la France sur les Champs-de-Mars. Ils y prêteront tous serment au roi Louis XVI. Puis ce sera au tour des députés de prêter serment au roi. Le roi, quant à lui, prêtera serment de respecter la Constitution. Loin de fêter l’émancipation d’un peuple de son roi, cet événement commémore la réconciliation temporaire des deux et le mariage à long terme de la bourgeoisie à l’aristocratie représentée par le roi. Aujourd’hui, nous avons besoin d’une réelle émancipation. Fêter la prise de la Bastille n’est pas non plus un symbole d’une si grande émancipation. La Révolution française n’est pas l’émancipation du peuple, elle n’est que l’élargissement de la base dirigeante. C’est à cette période qu’a été sanctifiée la propriété privée, base du système d’exploitation actuel. Alors qu’aujourd’hui il nous faut une perspective réelle de destruction du capitalisme et de l’État bourgeois, il est indécent de réellement célébrer la Révolution qui a consacré les bases de ce système, il est encore plus grave de célébrer la réunion de la bourgeoisie avec l’aristocratie. 


Il n’y a pas que l’origine de cette fête qui la rend discutable, les pratiques le sont également. Depuis 1880, la journée du 14 juillet voit un défilé militaire prendre place à Paris. Ce défilé militaire est une glorification des marchands de mort qui font la renommée de la France. Entre la glorification de l’armée de terre, organe principal de l’oppression bourgeoise, et l’armée de l’air faisant de la publicité à Airbus et Dassault, deux entreprises dont les armes servent aux massacres du peuple palestinien, ce défilé est le parfait exemple de l’impérialisme français. On peut également voir lors du défilé des unités de gendarmerie, les mêmes qui ont mené la répression des mouvements décoloniaux, comme ce fut le cas en Kanaky en 2024 et qui ont assassiné 12 personnes. La police a également une place importante dans ce défilé, alors même que la police française est une des plus meurtrières d’Europe. Les pratiques actuelles de cette fête nous montrent une fête à la gloire de la violence française. La glorification de l’embrigadement actuel de la population est également au programme, entre les membres du SNU en 2025 et les réservistes du groupe Airbus, accordant encore une fois un privilège à cette entreprise. Alors que la militarisation est aujourd’hui à son comble, les pratiques du 14 juillet interrogent surtout lorsque, sous la présidence du marchand de mort Macron, le nombre de soldats prévus est passé de 4 000 à 7 000. Symbole direct du surinvestissement du gouvernement dans l’armée, alors même que les services publics dépérissent sous les coupes budgétaires, entraînant donc des morts. Entre la glorification de la répression, des entreprises participant au génocide à Gaza et d’une police qui peut aujourd’hui tuer en toute légalité, le 14 juillet est une glorification des plus dangereuses.


On peut également se poser la question de fêter la France. Ce pays est un pays qui a été à la pointe du capitalisme et de l’impérialisme, ses colonies ont été les deuxièmes plus grandes de l’histoire. Ces massacres coloniaux font partie des plus violents, participant directement à plusieurs génocides, de la Shoah au génocide des populations précolombiennes. Organisant directement plusieurs guerres coloniales comme la guerre d’Indochine et la guerre d’indépendance algérienne. Encore aujourd’hui, elle participe au génocide du peuple palestinien et à l’oppression coloniale toujours en cours, notamment en Kanaky. Le 14 juillet a souvent mis à l’honneur les troupes directement impliquées dans ces massacres. Cette fête est née à la période de colonisation de l’Afrique et est directement gérée par les personnes ayant créé le 14 juillet. En effet, c’est cette même Chambre des députés qui a créé le Code de l’indigénat, code de lois racistes permettant l’oppression coloniale.


Le rapport au 14 juillet doit être directement repensé, loin d’être un symbole d’une Révolution émancipateur du peuple, il est né d’une alliance avec les royalistes et commémore une révolution qui n’a fait que réformer le système d’exploitation. Aujourd’hui, les célébrations permettent de faire oublier la violence des entreprises participant à Gaza, d’une police qui a tous les droits pour tuer, d’un État colonial et des coupes budgétaires imposées par le gouvernement.


Maceo Briffaz


14 juillet - Bloc Populaire - Maceo Briffaz

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