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Bibliothèque Populaire : Barbès Blues - Hajer Ben Boubakeur.

il y a 19 heures
3 min de lecture
« Barbès Blues » de Hajer Ben Boubakeur, conseillé par Anissa Kedjam dans la Bibliothèque Populaire de Bloc Populaire

Barbès Blues de Hajer Ben Boubakeur — Anissa Kedjam.


Si on parle des quartiers parisiens habités en majorité par des personnes issues de l’immigration nord-africaine, je suis sûre que vous pensez à Barbès et à la Goutte d’Or. Mais dans les années 1950, ce n’est pas le cas : ces quartiers sont d’ailleurs habités par des travailleurs du Nord de la France, trop pauvres pour vivre dans Paris. Dans son ouvrage, Hajer Ben Boubakeur nous dépeint les événements et les lieux qui ont profondément marqué la vie des Maghrébins et leurs luttes à une époque de frictions coloniales.


C’est une nouvelle cartographie de Paris qui s’offre à nous.


Prenons l’exemple du 5e arrondissement, aujourd’hui très touristique : on y retrouvait autrefois de nombreux ouvriers algériens. La ville de Paris, désireuse de réhabiliter le quartier et de se débarrasser des habitants nord-africains pour offrir une vraie carte postale aux touristes, peut compter sur son préfet de police, Maurice Papon (celui qui a ordonné le couvre-feu pour les Algériens ainsi que les massacres d’octobre 1961).


« Le préfet de police Maurice Papon annonce la fermeture de plus de soixante hôtels meublés, alors que la presse élabore le couple antinomique immigration-sécurité des riverains, toujours utilisé. Se mettent en place des méthodes reprises ensuite ailleurs dans Paris, notamment les fausses promesses de relogement dans le quartier, alors même que le rapport de 1958 préconise l’expulsion des populations immigrées hors du secteur et, plus largement, hors de Paris. »


La chasse aux sorcières est ouverte. On parlerait aujourd’hui de « gentrification » pour cacher les politiques raciales qui visent à éloigner des centres-villes et des beaux quartiers les personnes issues de l’immigration, mais il s’agit bien de racisme.


Malgré les événements en Algérie et le racisme ambiant en France, la lutte s’organise. Et, aussi étonnant que cela puisse paraître, c’est dans les cafés et dans les cabarets que la lutte est pensée. Un des symboles de l’émergence de ces lieux d’art et de rencontres est le cabaret « El Djazair », « l’Algérie ». On y croise aussi bien des militants algériens comme Messali Hadj que des danseuses.


Les cafés sont de vrais lieux politiques : c’est là que l’on échange, que l’on s’informe et que l’on conserve son lien avec son pays d’origine. C’est là que l’on donne vie à la résistance. On crée des associations comme l’Association des étudiants musulmans nord-africains ou encore l’Étoile nord-africaine. On ne vient pas simplement boire un café avec des amis ou des voisins : on participe pleinement à la vie politique.


« Messali et les membres fondateurs investissent alors l’espace qui les rassemble : le café arabe, qui devient le centre de la lutte politique, autant comme terrain d’action que comme refuge. Connu de tous les Maghrébins pour ses activités professionnelles, sociales ou comme lieu de vie (nombreux étaient les cafés dont l’étage supérieur accueillait un garni), cet espace offre des ressources inestimables, à la fois humaines permettant le recrutement de militants, et financières, par l’imposition d’une cotisation à l’ensemble des tenanciers. »


On ne peut évoquer les lieux politiques sans mentionner la place de la musique, en lien avec les travaux d’Hajer Ben Boubakeur, bien évidemment. La musique est teintée de mélancolie : elle évoque El Ghorba, l’exil, la vie loin des siens dans un nouveau pays. On y parle du travail, des galères, des déceptions amoureuses. Les voix de Mazouni, Rachid Taha ou Warda, par exemple, rassemblent ceux qui ont quitté leur pays et qui partagent un même quotidien. On ne présente pas les Maghrébins seulement comme de pauvres ouvriers, mais comme des artistes qui ont grandement marqué la culture. La musique permet de garder un lien avec un pays, une langue, mais elle se transforme aussi, à cheval entre deux cultures.


Elle rythme le quotidien, le travail, les moments entre amis, les mariages. On célèbre autant que l’on survit à travers les mots et les instruments.


Paris reste profondément imprégnée des voix qui racontent, qui luttent, qui vivent, bien que les lieux ne soient plus. Elle conserve la mémoire des corps en mouvement. Ce livre est une invitation à découvrir une histoire parfois méconnue et à se balader sur les traces de ceux qui nous ont précédés.



« Barbès Blues » de Hajer Ben Boubakeur - Anissa Kedjam - Bloc Populaire

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