Bibliothèque Populaire : Discours sur le colonialisme - Aimé Césaire.
- 13 août
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Dans la continuité des ouvrages littéraires que nous vous avons recommandé et notamment après « les damnés de la Terre » de Frantz Fanon, aujourd’hui nous mettons en lumière « le discours sur le colonialisme » d’Aimé Césaire. Ce texte a été commandé par la revue « chemins du monde », il est ensuite publié en 1950 par Réclame.
Nous avions évoqué dans le conseil littéraire précédent la nécessité pour le dominé de se réapproprier son identité face au colon. Avec Léopold Sédar Songhor et Léon Gontran Damas, Aimé Césaire s’inscrit dans le mouvement de la négritude qui cherche à réaffirmer la culture africaine et l’identité noire.
Au-delà de la réaffirmation de soi, Césaire évoque le nationalisme des peuples, conséquence directe du système de colonisation. À force de constantes humiliations et face à l’expérience d’une injustice collective, le nationalisme nait comme phénomène historique et politique face à l’oppression.
L’axe majeur de son essai est la dénonciation des effets néfastes de la colonisation, c’est une charge contre l’Europe. Pour Césaire, elle est « moralement et spirituellement indéfendable ».
Quand une civilisation en vient à exploiter des ressources qu’elles volent ainsi que des personnes c’est qu’elle est malade. Il réfute catégoriquement l’argument de la mission civilisatrice qui viserait à apporter à la lumière aux peuples non blanc. De plus, Césaire remet en question cette notion de « civilisation » et renverse l’image de l’Occident qui se pense plus éclairée que le reste du monde. « Si une civilisation est capable de pratiquer ou de tolérer la déshumanisation de millions de personnes, peut-elle réellement se présenter comme supérieure et civilisée ? »
La question n’est pas de se demander si les peuples indigènes sont civilisés ou non mais l’Europe l’est-elle ? Quand toute une civilisation est capable d’exploiter, de torturer, de massacrer où est ce qu’elle se place sur l’échelle de l’humanité ?
D’ailleurs si le discours de Césaire a pu faire polémique c’est parce qu’il fait le lien entre colonisation et capitalisme mais aussi entre colonisation et nazisme.
« Ce qu’il ne pardonne pas à Hitler ce n’est pas le crime en soi, le crime contre l’homme, ce n’est pas l’humiliation de l’homme en soi, c’est le crime contre l’homme blanc, c’est l’humiliation de l’homme blanc, et d’avoir appliqué à l’Europe des procédés colonialistes, dont ne relevaient jusqu’ici que les Arabes d’Algérie, les coolies de l’Inde et les nègres d’Afrique. »
Césaire dénonce le deux poids deux mesures de l’humanisme à deux vitesses de l’Europe. La violence est acceptable ou du moins nous pouvons fermer les yeux quand elle touche certaines personnes, dès lors qu’elle atteint le sol européen elle devient insupportable et il faut la combattre. Ce qu’il faut retenir c’est que le colonialisme habitue le l’Occident à considérer certains êtres humains comme inférieurs. Nous pouvons l’observer avec les victimes palestiniennes face aux « victimes » du côté des colons. Il y a un universalisme hypocrite qui sommeille depuis toujours en Europe.
Si Césaire parle du nazisme lorsqu’il dénonce les méfaits de la colonisation c’est parce qu’il arrive à faire des liens entre les deux. Effectivement, les systèmes de domination se rejoignent, on infériorise certaines populations, la violence envers ces groupes est légitimée, on leur retire leur dignité etc.
Si l’ouvrage de Césaire nous apporte des éléments sur ce qu’il vit et observe en son temps, il nous livre des clés de compréhension. Quels sont les héritages du colonialisme ? Pourquoi les violences policières sur les jeunes noirs et arabes issus des quartiers sont elles légitimées ? Comment l’Europe continue de maintenir sa domination ? Ou nous pouvons encore interroger les rapports que la France entretien avec ses colonies dans les Caraïbes et ailleurs.



