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Bibliothèque Populaire : Les damnés de la terre - Frantz Fanon.

  • il y a 5 jours
  • 4 min de lecture
Les damnés de la terre - Frantz Fanon. - Anissa Kedjam - Bloc Populaire

Les travaux de Fanon ont grandement influencé la recherche en psychiatrie et en psychologie. En effet, lorsqu’il prend son poste à Blida en Algérie en pleine période coloniale, Fanon est confronté aux algériens qui présentent tous des symptômes plus ou moins similaires. Très vite, il fait le lien avec les violences coloniales. 


Rappellerons que le processus de colonisation ne s’exerce pas seulement sur la Terre, on colonise également les corps et les esprits. Petit à petit et à force de violences, les algériens intériorisent le fait que la culture occidentale, française, est supérieure à la leur, que leur corps valent moins que ceux des colons. On parle d’aliénation, le regard du blanc fige l’algérien dans un stéréotype infériorisant, créant une névrose, un dédoublement du moi. On le pousse vers l’assimilation en adoptant la langue du blanc, sa culture. 

Porter un « masque blanc ».


On fait de l’algérien un sujet, un objet qui n’a aucune souveraineté, on l’écrase dans sa chair. Ici il est question du cas de l’Algérie mais les systèmes de domination peu importe où ils s’exercent, adoptent les mêmes logiques. Si aliénation il y a, désaliénation il doit y avoir. C’est ce qu’explique Fanon. Pour se libérer du jour colonial, les algériens doivent briser leurs chaînes eux mêmes pour retrouver liberté et dignité. 


« Le colonisé donc découvre que sa vie, sa respiration, les battements de son coeur sont les mêmes que ceux du colon. Il découvre qu’une peau de colon ne vaut pas plus qu’une peau d’indigène. C’est dire que cette découverte introduit une secousse essentielle dans le monde. Toute l’assurance nouvelle et révolutionnaire du colonisé en découle. Si, en effet, ma vie a le même poids que celle du colon, son regard ne me foudroie plus, ne m’immobilise plus, sa voix ne me pétrifie plus. Je ne me trouble plus en sa présence. Pratiquement, je l’emmerde. »


Cela peut faire écho au mouvement de pa negritude qui rejette l’assimilation coloniale et cherche à affirmer l’identité noire et à valoriser la culture africaine. Il ne peut y avoir de révolution sans cette étape de désaliénation. Comme il ne peut y avoir de libération sans violence. Fanon explique que c’est la violence du dominant qui conditionne la violence du dominé. Comme la colonisation n’est que violence et destruction, la révolution l’est aussi. 


Fanon ne fait pas l’apologie de la violence, car en réalité il l’a condamne mais il est formel sur le fait que pour se libérer d’un système violent il faut l’être en retour. 


« Le colon fait l’histoire et sait qu’il la fait. Et parce qu’il se réfère constamment à l’histoire de sa métropole, il indique en clair qu’il est ici le prolongement de cette métropole. L’histoire qu’il décrit n’est donc pas l’histoire du pays qu’il dépouille mais l’histoire de sa nation en ce qu’elle écume, viole et affame. »


Il y a tout intérêt à ce que chacun puisse s’approprier le texte de Fanon, ne serait ce que des bribes, des citations, des concepts. Car le système maintient sa domination, l’histoire que l’on nous enseigne est biaisée elle ne sert qu’à redorer l’Empire. On mets sous le tapis les violences au service d’une mission civilisatrice qui est en réalité n’est que destruction. Pensaient-ils que les algériens étaient des animaux à dresser ? 


« Le colonisé qui n’a pas pris seulement les armes parce qu’il mourait de faim et qu’il assistait à la désagrégation de sa société mais aussi parce que le colon le considérait comme une bête, le traitait comme une bête ». 


Si le premier chapitre « de la violence » est celui dont on parle généralement le plus lorsque l’on évoque les Damnés de la terre. Fanon mets aussi en lumière l’organisation des révoltes avec notamment l’implication des villages, des paysans et globalement du monde rural. 


« L'armée de libération nationale n'est pas celle qui est aux prises une fois pour toutes avec l'ennemi mais celle qui va de village en village, qui se replie dans les forêts et qui trépigne de joie quand est aperçu dans la vallée le nuage de poussière soulevé par les colonnes adverses. Les tribus se mettent en branle, les groupes se déplacent, changeant de terrain. Les gens du nord font mouvement vers l'ouest, ceux de la plaine se hissent dans les montagnes. Aucune position stratégique n'est privilégiée. L'ennemi s'imagine nous poursuivre mais nous nous arrangeons toujours pour être sur ses arrières, le frappant au moment même où il nous croit anéantis. Désormais, c'est nous qui le poursuivons. Avec toute sa technique et sa puissance de feu, l'ennemi donne l'impression de patauger et de s'enliser. Nous chantons, nous chantons. »


Il fait également le point sur les suites de la libération et sur les potentiels dangers notamment avec la bourgeoisie qui serait tenter de reproduire les mêmes systèmes d’exploitation. 


Fanon n’est pas qu’un brillant psychiatre, il est un objet politique à part entière, son étude est profondément politique et elle le mènera d’ailleurs à s’engager dans la lutte.



Les damnés de la terre - Frantz Fanon. - Anissa Kedjam - Bloc Populaire

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