Décoloniser le voyage - Contester le récit.
- 8 juil.
- 8 min de lecture
Un regard sur la manière de remettre en cause le récit colonial.
Depuis des décennies, nous sommes témoins des difficultés rencontrées par les peuples autochtones pour préserver leur identité et leur culture face aux héritages du colonialisme, profondément enracinés dans des conceptions occidentalo-centrées. Ces logiques imprègnent encore aujourd'hui le monde du voyage et du tourisme.
Il est essentiel de rappeler que le voyage — et l'accès au voyage — n'est pas neutre. Bien au contraire. Il est façonné par des rapports de privilège, de race, de couleur de peau, de classe sociale, de revenus, de langue ou encore de genre, pour ne citer que quelques facteurs. Cet homme à la peau brune qui attend une heure de plus que vous au contrôle des passeports ? C'est précisément de cela qu'il est question.
Alors, que signifie réellement décoloniser le voyage ?
En termes simples, cela consiste à remettre en question et à transformer les récits dominants auxquels nous sommes habitués, ainsi qu'à déconstruire les structures qui, historiquement, ont marginalisé et exploité les peuples autochtones, les communautés locales et des territoires naturels autrefois préservés.
« Les touristes affluent sur ma terre natale pour s'évader, mais ils s'évadent dans un état d'esprit qui participe à la destruction d'un peuple d'accueil sur une terre autochtone. »— Haunani-Kay Trask, Lovely Hula Lands
Comment remettre en cause ces logiques ?
La première étape consiste à reconnaître ses propres privilèges, avant même de monter dans l'avion.
Si vous vivez dans un pays européen ou occidental, il est indispensable de prendre conscience de la manière dont vos besoins et vos déplacements sont facilités. Pensez à la simplicité avec laquelle certains détenteurs de « bons » passeports obtiennent un visa, franchissent des frontières ou visitent plusieurs pays sans être inquiétés, sans interrogatoire ni suspicion.
Comparez cela à celles et ceux qui dépensent des sommes considérables dans l'espoir d'obtenir un visa, ou à ceux qui risquent leur vie pour franchir des frontières par la terre ou par la mer. Le contraste est saisissant, et profondément dérangeant.
Une fois arrivé à destination, poursuivez cette réflexion. Laissez votre curiosité vous amener à comprendre comment des entreprises occidentales ont pu imposer, partout dans le monde, des projets touristiques extrêmement lucratifs.
Cette croisière de luxe au large du Ghana, réservée auprès de la première agence affichée sur Google ? Il y a de fortes chances qu'elle ne soit pas ghanéenne, mais basée à New York. Le Burger King installé sur l'île de Phi Phi, à la place d'un ancien restaurant thaïlandais indépendant ? C'est une autre illustration de cette logique.
Ce phénomène est omniprésent.
On observe une tendance mondiale à l'appropriation des terres et des infrastructures touristiques qui, pour les populations autochtones et locales, représente une perte bien plus profonde qu'une simple question d'argent. C'est une atteinte à leur identité, à leurs droits et à leur lien avec leur territoire.
Regardez aussi les conditions de travail dans ces établissements. Les habitants y sont souvent employés pour des salaires dérisoires afin de permettre aux grandes entreprises de réduire leurs coûts et d'accroître leurs bénéfices.
Le cycle colonial se perpétue.
Prendre conscience de ces réalités ne suffit pas à les faire disparaître. En revanche, sortir d'une vision occidentale présentée comme la norme nous pousse à regarder le monde autrement et à comprendre que nos privilèges ne constituent pas une référence universelle.
Il faut également souligner combien cette vision occidentalo-centrée tend à transformer des lieux dits « exotiques » en simples marchandises destinées à la consommation touristique, reléguant au second plan les peuples qui y vivent et qui en sont les gardiens.
Voyager autrement
Nous ne pouvons pas, à nous seuls, changer le fonctionnement des grandes entreprises du tourisme. En revanche, nous pouvons refuser les logiques qu'elles véhiculent en privilégiant des échanges respectueux, équitables et porteurs de sens, qui donnent toute leur place aux voix et aux droits des peuples autochtones.
Concrètement, cela signifie soutenir des initiatives qui renforcent les communautés marginalisées plutôt que de contribuer à leur mise à l'écart. C'est une manière de remettre en cause les inégalités structurelles qui traversent l'industrie touristique.
Comprendre ces principes nous invite aussi à nous intéresser véritablement à l'histoire, aux cultures et à la diversité des pays que nous visitons.
L'objectif est de promouvoir une manière de voyager plus consciente, plus inclusive et plus responsable, qui enrichisse autant les visiteurs que les communautés qui les accueillent.
Par exemple, privilégiez des hôtels tenus localement plutôt que de grandes chaînes internationales. Choisissez des restaurants familiaux proposant une cuisine authentique plutôt que des enseignes mondialisées. Ces choix permettent non seulement de soutenir l'économie locale, mais aussi de vivre des expériences plus riches, plus sincères et souvent bien plus mémorables.
Laissez une place au tourisme communautaire : voyager avec les habitants, pour les habitants.
Si vous en avez la possibilité, impliquez-vous auprès d'associations locales pendant votre séjour. Ouvrez-vous à des expériences culturelles authentiques : ce sont des richesses qu'aucune somme d'argent ne peut acheter.
Cette approche constitue une manière concrète de défendre un modèle de tourisme durable, qui encourage la préservation des traditions locales et fait bénéficier les communautés des retombées économiques, plutôt que des entreprises extérieures.
Le tourisme et l'environnement
Certains soutiennent que le tourisme international et les investissements étrangers créent des emplois pour les populations locales. Cet argument mérite toutefois d'être nuancé.
L'économie d'un territoire ne repose pas uniquement sur les capitaux venus de l'extérieur. Sa pérennité dépend avant tout de la santé de ses écosystèmes.
Or, le tourisme transforme profondément ces derniers. Il génère des pollutions qui fragilisent la faune, la flore et les habitats naturels.
Dans les régions confrontées à une forte fréquentation touristique, l'augmentation du nombre de visiteurs peut bouleverser les équilibres écologiques. Les espaces naturels disparaissent au profit d'hôtels et de complexes touristiques. La pollution des eaux, les déchets plastiques abandonnés dans la nature ou rejetés dans les océans détruisent des milieux autrefois préservés et menacent la vie marine.
Le tourisme exerce également une pression considérable sur les ressources naturelles : eau destinée aux hôtels et aux piscines, terres agricoles, végétation, ressources alimentaires... Autant de besoins qui peuvent entraîner des pénuries importantes pour les habitants.
Changer notre manière de voyager
Il est temps de remettre en cause le statu quo.
Voyager peut rester une formidable source d'ouverture sur le monde, à condition de reconnaître les bénéfices du tourisme tout en veillant à préserver les territoires que nous découvrons. Cela suppose aussi de développer une véritable reconnaissance envers celles et ceux qui luttent chaque jour pour protéger leur patrimoine, leur culture et leur terre.
Décolonisons notre manière de voyager. Désolé Google… aujourd'hui, nous faisons le choix d'acheter local.
Samar Sadullah

Decolonising Travel
A Brief Look At Challenging the Colonial Narrative.
For decades we have bared witness to the struggle in maintaining key identity and culture in indigenous lands as a result of colonialism, rooted in western centric ideologies - and these beliefs are made abundant when it comes to travel and tourism.
It’s important to remember that travel and access to travel is not based on neutrality, quite the opposite - it is based on privilege, race, colour of skin, class, income, language and gender - to name but a few. That man with brown skin, queuing at passport control for an hour longer than you? Yes, that’s what I’m referring to.
So, what does decolonising travel actually mean? - In simple terms, it means opposing and transforming the traditional narratives and perspectives we are used to seeing and dismantling those very structures that have been historically renowned for marginalising and exploiting those of indigenous cultures, local communities, and natural, once untouched environments.
“Tourists flock to my Native land for escape, but they are escaping into a state of mind while participating in the destruction of a host people in a Native place."
— Haunani-Kay Trask, essay “Lovely Hula Lands”
How do we challenge these ideologies?
Firstly recognise your privilege from the outset, before you have even stepped foot onto that plane! If you reside in a European/ Western country, it’s essential to acknowledge and understand the difference in how your needs & requirements are accommodated. Think about how easy it is for those that have specific gold dust passports to obtain visas; to visit multiple destinations without question, void of any kind of interrogation. Compare that to those that spend extortionate amounts of money in the hopes of getting a visa, or those that risk their lives to cross borders by land and sea. The contrast is stark and unsettling.
Elaborate on that knowledge once your feet touch down - engage in that curiosity by seeing how easy it has been for corporations located in the West to implement their financially lucrative developments as a part of the international tourism industry, at large. That luxury boat cruise you just booked off the coast of Ghana, via the first franchise listed on Google? Yeah that’s one of them, and they’re not based in Ghana, they’re based in New York. The Burger King on Phi Phi Island that took the place of a once Thai owned restaurant? That’s another one. It’s everywhere.
A noticeable ‘trend’ in international land ownership and /or touristic infrastructure that, for those indigenous to that land, comes at an emotional cost much dearer than money can buy. It’s a violation of identity, of their own rights and traces of privilege they are desperate to hold on to.
Notice how locals may be employed at these establishments at a less than minimal wage? for those big corporations to economise and further profiteer. The colonial cycle continues.
Opening the door to these truths does not eradicate the issue, however, moving away from a western - centric view of the “norm” encourages us to think outside the box, and develop a clear realisation, that goes far beyond your own privilege.
Draw emphasis to just how these western centric views are primarily focused on commodifying exotic locations for the soul purpose of tourist consumption, negating the relevance of those indigenous to those lands.
As much as we cannot single handily control the movements of large tourism companies, we can work on replacing their ideologies by promoting respectful, equitable, and meaningful interactions that give space to the voices and rights of indigenous peoples. So, how do we do this? - By supporting initiatives that empower marginalised communities, rather than suppressing them, this way you challenge systemic inequalities within the tourist industry.
Understanding these fundamentals encourages us to educate ourselves on the histories, vastness and cultures we encounter whilst exploring the countries that we visit. Aiming to create a more conscious, inclusive, and responsible form of travel that enriches the experiences of both visitors and hosts, for example, instead of choosing pricey accomodation options for more locally provided hotels, local, authentic cuisine and restaurants owned by families - encouraging all to foster an appreciation for originality and thus developing a more enriched and memorable experience.
Indulge in more community focussed travel - with the people, for the people. volunteer with local organisations during your stay - open yourself up to cultural enthused experiences, a gift that is more than money can buy.
This approach is a meaningful way to advocate for sustainable tourism models, encouraging others to preserve local customs and foster economic benefits for local communities rather than external corporations.
Some may argue that international tourism and trade can help create jobs for those native to those lands, however, it’s important to understand that the economy of a country is not primarily dependent on foreign investment - it’s the conditions of the environment that enable sustainability. Ecosystems are significantly altered by tourism, creating pollution that affects wildlife and habitats.
An influx of tourists, particularly in areas where the population has increased can disrupt the natural habitat of that area - stripping away natural greenery in place of hotels and resorts. Over polluting can destroy once preserved seawater, careless disposal of plastics can contaminate waterways and end up destroying sea life. Tourism also in places a much higher demand on natural resources like water for hotels and swimming pools, natural vegetation and food supplies which in turn, causes immense shortages in supply for local residents.
It’s time to change the status quo - to enjoy travel whilst appreciating the benefits of tourism whilst preserving the environments you are visiting; building an appreciation and respect for those who have to fight to preserve their heritage and culture. Decolonise your travel mind. Apologies Google, we’re shopping local!
Samar Sadullah


