« Quand les femmes s’y mettent, tout est perdu pour vous. »
Dernière mise à jour : 4 oct.

« Je vous préviens, puissants de la terre, quand les femmes s’y mettent, tout est perdu pour vous ! », lançait Jean-Luc Mélenchon.
Cette phrase dit quelque chose d’essentiel de la puissance politique du féminisme : lorsque les femmes s’organisent, se mobilisent, prennent la parole et refusent la place qui leur a été assignée, elles ne demandent pas simplement davantage de droits dans l’ordre existant. Elles participent à son bouleversement.
C’est pourquoi le féminisme ne peut être considéré comme une question périphérique ou comme un simple volet « sociétal » d’un projet politique. Il est au cœur de toute perspective d’émancipation. Il ne peut y avoir de Nouvelle France sans émancipation des femmes, parce qu’il ne peut y avoir de société véritablement égalitaire tant que subsistent les structures qui organisent leur domination.
Combattre un système : le patriarcat.
Le patriarcat ne se résume pas à une accumulation de comportements individuels ou de préjugés sexistes. Il constitue un système de domination qui traverse l’ensemble de la société.
Il se manifeste dans les inégalités salariales et professionnelles, la précarité qui touche particulièrement les femmes, la répartition profondément inégalitaire du travail domestique et parental, l’invisibilisation du travail du care, les injonctions faites aux corps des femmes, mais aussi dans les violences sexistes et sexuelles.
Ces violences ne sont ni des accidents ni de simples faits divers indépendants les uns des autres. Elles s’inscrivent dans un continuum des violences : sexisme quotidien, harcèlement, violences économiques et psychologiques, violences conjugales, agressions sexuelles, viols, jusqu’aux féminicides.
Les combattre suppose donc de les considérer pour ce qu’elles sont : un problème politique et structurel.
La lutte contre les VSS ne peut pas commencer au moment où une violence a déjà été commise. Elle doit aussi prévenir, éduquer, protéger et accompagner. Elle nécessite des moyens pour les associations féministes et les services publics, une meilleure prise en charge des victimes, la formation des professionnels de la justice, de la police, de la santé et de l’éducation, ainsi qu’une véritable politique d’éducation à l’égalité, à la vie affective et sexuelle et au consentement.
Elle exige également que nous soyons capables de regarder le patriarcat partout où il se trouve, y compris dans nos propres espaces politiques, syndicaux, associatifs et militants.
Aucun milieu ne peut se prétendre naturellement immunisé contre les violences sexistes et sexuelles sous prétexte qu’il serait progressiste. Porter un projet féministe impose au contraire d’être capable d’interroger ses propres pratiques, d’entendre les victimes et de construire des mécanismes permettant réellement de prévenir les violences et de les protéger.
Le féminisme ne consiste pas à proclamer que nous serions du « bon côté ». Il nous oblige à transformer la société autant que nos propres pratiques.
L’émancipation doit être aussi matérielle.
Mais combattre le patriarcat signifie également donner aux femmes les moyens matériels d’être libres.
Car quelle liberté réelle existe lorsqu’une femme dépend économiquement de son conjoint ? Comment quitter un foyer violent lorsqu’on n’a ni revenu suffisant ni solution de logement ? Comment parler d’égalité lorsque les femmes occupent massivement certains des métiers les plus essentiels à notre société — soin, accompagnement, éducation, nettoyage — tout en demeurant parmi les moins reconnues et les moins rémunérées ?
C’est ici que le féminisme rencontre pleinement le projet de la Nouvelle France.
Défendre et reconstruire les services publics, augmenter les salaires, lutter contre la précarité, revaloriser les métiers féminisés, garantir l’accès au logement et à la santé, assurer l’égalité professionnelle et salariale : toutes ces batailles sociales sont aussi des batailles féministes.
L’égalité ne peut pas être seulement proclamée dans la loi. Elle doit devenir une réalité matérielle.
La Nouvelle France doit permettre à chaque femme de disposer librement de son corps, de son travail, de son temps et de son existence. Une femme doit pouvoir choisir sa vie sans que ce choix soit déterminé par sa dépendance économique, la peur des violences ou les rôles sociaux que le patriarcat voudrait continuer à lui assigner.
Deux féminismes irréconciliables.
C’est précisément ici que se situe notre désaccord fondamental avec le prétendu féminisme porté par Némésis.
Face aux violences sexistes et sexuelles, leur réponse consiste à déplacer le regard : plutôt que d’interroger le patriarcat comme système de domination traversant toute la société, elles construisent un récit dans lequel la menace viendrait essentiellement de l’extérieur, de l’immigration et des hommes non blancs.
Nous refusons cette instrumentalisation.
Les violences sexistes et sexuelles existent dans toutes les classes sociales, tous les territoires et tous les milieux. Le patriarcat n’a ni origine unique, ni religion unique, ni couleur de peau.
Combattre les VSS exige donc de s’attaquer aux violences partout où elles se produisent et quels qu’en soient les auteurs, plutôt que de sélectionner celles qui peuvent servir un projet politique raciste ou xénophobe.
Notre féminisme ne trie pas les femmes.
Il ne décide pas qu’une femme mérite davantage notre solidarité selon son origine, sa religion, sa classe sociale ou sa nationalité. Il ne prétend pas libérer certaines femmes en stigmatisant les autres.
Parce qu’aucune femme ne gagnera sa liberté en voyant celle d’une autre femme remise en cause.
La Nouvelle France sera féministe.
Le féminisme ne doit donc pas constituer une annexe du projet de la Nouvelle France. Il doit l’irriguer tout entier.
Dans notre conception du travail et des salaires. Dans nos services publics. Dans notre école. Dans notre système de santé. Dans notre politique du logement. Dans notre justice. Dans notre manière de combattre les violences. Et jusque dans notre manière de faire de la politique.
La Nouvelle France doit être celle où aucune femme n’est condamnée à rester auprès d’un conjoint violent faute d’indépendance économique ; où aucune victime n’est abandonnée lorsqu’elle demande de l’aide ; où les métiers féminisés cessent d’être synonymes de bas salaires ; où le travail domestique et le care cessent d’être invisibilisés ; où chacune peut disposer librement de son corps ; où les petites filles apprennent qu’aucune place ne leur est interdite.
Voilà pourquoi le féminisme n’est pas une concession faite aux femmes à l’intérieur d’un projet politique plus vaste. Il est une condition de l’émancipation collective.
Car comment prétendre renverser l’ordre établi sans s’attaquer à l’un des systèmes de domination les plus anciens qui le structurent ?
Comment prétendre construire une société nouvelle en laissant intactes les structures qui produisent encore les inégalités, les violences et la domination de la moitié de l’humanité ?
La Nouvelle France que nous voulons sera sociale, écologique, démocratique, antiraciste et féministe. Parce qu’elle ne pourra être véritablement nouvelle qu’à condition de permettre l’émancipation de toutes et de tous.



