top of page

Habiter une France Vivante : celle de la Nouvelle France.

  • 23 juil.
  • 7 min de lecture

Vue sur les paysages français et la cité médiévale de Carcassonne, symbole d'une France vivante, façonnée par des siècles de métissages, d'évolutions et de transformations culturelles.

Sur la route entre Toulouse et Lyon, en voyant au loin les murailles de la cité de Carcassonne, une question m’est venue : Qu'est-ce qu'être Français ?


A l’aune de la présidentielle qui vient, je me rappelle être tombé sur une vidéo d’un influenceur « Dose de France » qui a publié un pamphlet nationaliste au goût de notre époque. Dans celle-ci, il se présente comme un déraciné, né en France, qui n’a jamais été Français avant de découvrir ce qu’il appelle la France : bistrot, église, alcool. Tout ceci, il l'oppose à sa culture de naissance : celle de la France pavillonnaire résumée par le catch américain de la WWE et la nourriture industrielle de McDonald’s.


Cette courte vidéo est symptomatique d’un phénomène grandissant sur Internet : une guerre larvée pour la redéfinition de traditions et de cultures françaises éternelles, qui s’étendraient de la moustache à la ripaille. En d'autres termes, la profusion d’alcool, de viande mais aussi d’un discours nationaliste. Vantant l’histoire de la France sur celle des autres nations tout en dépréciant la cuisine venue d’ailleurs. Ce qui se passe de commentaire dès qu’on connaît un peu l’histoire de la cuisine française nourrie d’apports divers. A ce titre, les banquets du canon français sont une belle démonstration de la médiocrité de la connaissance des cultures culinaires de notre pays de la part de nos adversaires idéologiques.


Derrière cette  vidéo, on a tous les ingrédients du repli sur soi, pour se trouver des fameuses « racines » qui se résument à des églises vides de l’effervescence des siècles passés. Néanmoins, cette image d’Épinal ne résiste pas aux études historiques. En effet, on sait maintenant que les personnes du passé ne comprenaient pas les messes en latin. L’Église était un lieu de vie obligatoire, on y allait pour commercer, discuter et se faire voir. Bien souvent, ces influenceurs « traditionnels », présentés parfaitement dans un article d’Arrêt sur Images (à retrouver en bibliographie), se limitent à reproduire les images d’Épinal de la France ; là, ce qui apparaît est bien plus intéressant.


C’est la volonté de créer une image nationale qui unirait une France diverse culturellement, qui s’est nourrie d’évolution et d’hybridation. Et cela, il faut en être pleinement conscients.


Les racines : des illusions dangereuses


Les repères qui servent de racines sont eux-mêmes des chausse-trappes qui ne sont bons que pour les simples d’esprit. Cela tient en deux exemples. Si l’on va sur le terrain de l’extrême droite, la notion de France naîtrait avec les Gaulois. Ce terme, lui-même inventé par leurs envahisseurs, recoupe un ensemble de groupes aux cultures, rites et lieux d’habitation bien différents. Donc pour trouver les racines les plus profondes, il faudrait se baser sur une grille de lecture donnée par ceux qui ont réduit en cendres cette culture « gauloise ».


De même Clovis apparaît comme une de ces artères du système racinaire. Pour rappel, c’est un conquérant franc qui a mis la main sur les miettes des successeurs de Rome dans l’ancienne province de Gaule. Alors, le pouvoir se résumait aux possessions d’une poignée de Francs, de culture germanique, ne parlant même pas les différentes langues qui étaient alors vernaculaires en ce qu’on appelle aujourd’hui la France. On pourrait continuer de multiplier les exemples et d’exposer la bêtise de se raccrocher à des racines aussi glissantes.


Il y a pourtant dans le paragraphe précédent une clé de voûte qui fait tenir ces mythes. C’est la polymorphie, l’adaptation, les changements, les fluctuations aussi nombreuses que les rivières qui dessinent les paysages que nous traversons. En un mot, être Français c’est habiter dans un espace qui a été soumis aux mutations continuelles de ceux qui l’habitent, un mélange originel et structurel. L’alimentation et la cuisine sont alors un champ qui met en lumière les évolutions de notre pays.


La cuisine française : un creuset perpétuel


Je fais le postulat qu’une chose unit les personnes habitant la France : c’est la volonté de se nourrir tous les jours, ce principe s’étend à toute la planète. Néanmoins en France la cuisine est un creuset de mélanges. Si l’on repart dans les mythes, il y a déjà une incohérence, la France est le mélange d’une culture celte, gauloise, germanique, latine, méditerranéenne, grecque, et tant d'autres encore.


Ces cultures n’utilisent pas les mêmes modes de cuisson, ainsi cohabitent des cuissons au beurre, à la graisse animale, à l’huile d’olive. De même, cohabitent la France viticole et brassicole. Comme montré dans l’ouvrage de Mathieu Lecoutre « Le goût de l’ivresse ». Ainsi, bien malin celui qui citera une seule recette qui n’est pas nourrie d’apports qui seraient extérieurs à la zone géographique de la France. La culture française dont certains se targuent est alors une invention totale, pourtant, les influenceurs tradi utilisent la cuisine pour nourrir leur recherche pathologique de racines. Le repli sur soi, c’est l’assurance de n’avoir que des plats fades. Qui imagine la cuisine française sans la pomme de terre, le poivre, ou tant d’autres éléments qui ne sont pas endémiques de l’espace dans lequel nous vivons ?


De plus, la cuisine présente non pas une seule culture, mais bien des cultures qui cohabitent et se tirent chacune vers le haut. Les nombreuses enseignes de fusion qui naissent en sont le témoin. Certains mettent du cacao dans le bœuf bourguignon. On fait aussi des kebabs avec des sauces tartare. Bref, la francité, finalement, c’est d’assumer et de regarder en face toutes ces évolutions.


Les paysages français eux-mêmes témoignent de cette évolution


Il faut accepter que la France est pétrie de mutations remarquables, mais aussi de mutations moins enviables. On habite un pays où se côtoient des ruelles nourries de siècles passés et des pavillons tout frais sortis de terre qui sont les mêmes qu’aux USA. Toutefois, rien n’est figé, les châteaux, les églises ou bien les villes, ne sont-elles pas des empilements d’époques différentes ? Avec des églises romanes, gothiques, des châteaux avec des tours du Xe siècle et des tours ornementales du XVIIe siècle ; des rues qui alternent maison du XIVe siècle en terre-paille, maison du XVIIe en pierre de taille et maison du XXe en brique industrielle.


Admirer une cathédrale, c’est se souvenir qu’elle fut érigée pour affirmer un pouvoir : celui de l’Église, d’un prince, ou d’un État. Observer les pavillons modernes, c’est voir les fruits de l’industrialisation, parfois imposée brutalement. Mais avant tout être Français, c’est de ne pas seulement admirer ces choses et détester les autres, c’est de se souvenir des raisons de leur présence. Les premières pour affirmer le pouvoir de l’État et les deuxièmes pour loger rapidement les classes moyennes aspirant à la propriété.


Cette dialectique est présente partout. Quand on pense aux générations de mêmes familles qui se sont cassé le dos à construire une cathédrale ou bien, sur les monuments aux morts des guerres du siècle dernier. C’est l’anonymat qui est la norme. Être Français, ce n’est donc pas simplement regarder son nombril et s’en vanter, mais de se regarder entier en assumant les bons côtés et les mauvais. Et pour revenir à la cuisine, il y a des choses dont on peut questionner le bon goût : comme le faste absurde du rôti sans pareil ou le casu marzu. Il en va de même sur les racines, qui sont autant esclavagistes, colonialistes, belliqueuses qu’humanistes. La recherche de racines est donc une quête qui ne sert à rien, il vaut mieux se tourner vers le présent pour ne pas finir comme les bâtiments que nous avons figés dans le temps et qui subissent les affres du temps et s'effondrent comme à Toulouse.


Se tourner vers l'avenir


Un film qui n’a pas plu à l’extrême droite est Vingt Dieux. Il vient casser l’image d’une France rurale qui leur serait acquise et qui vivrait figée, comme sur une tapisserie accrochée aux murs d’un palais parisien. C’est l’histoire d’un jeune qui veut poursuivre la tradition familiale de fabrication du comté pour gagner un concours, sauf qu’il roule en motocross, écoute du rap, et échoue. La France n’est pas un monolithe ; elle est pétrie de divergences et d’aspérités, et c’est précisément pour cela qu’elle est plus vivante que jamais.


Pour répondre à cet influenceur qui nous vend des « doses de France » : la France n’est pas une drogue, et nous n’en manquons pas. Le projet que porte notre nation est une vision du monde bien réelle, où l'on peut aussi bien manger un McDo le midi, un plat régional mijoté et un chili sin carne le jour suivant. Les seules « doses » qu’il vend sont celles de la promotion de l’alcoolisme et de cartes postales frelatées. Ce folklore a fait des ravages, notamment lorsque le capitalisme est devenu hégémonique. Avec lui, la culture industrielle et bourgeoise s’est répandue, effaçant la complexité endémique à la France comme à tous les pays du monde.


Dans l'assiette, cela a une incidence concrète : la multiplication de mauvais aliments qui se mâchent vite, dégradent notre santé, et s'avèrent fades et sans couleur. Un appauvrissement qui s’étend à nos voitures, nos vêtements, nos maisons. C’est pour fuir cette uniformisation moderne que certains s’inventent des racines « millénaires » afin de redonner du sens à leur quotidien.


C'est ici que le concept de créolisation, et sa suite logique la Nouvelle France, deviennent des clés de compréhension majeures. Ils s’acclimatent parfaitement à notre histoire : celle de la création continue d’une culture qui ne supprime rien, mais met sur un même plan tous les horizons. Une culture ouverte sur nos contradictions et notre orgueil. C’est ce qui nous sépare de l’extrême droite : nous sommes conscients du chemin parcouru et nous refusons de reculer. Nous sommes le produit d'influences plurielles, bénéfiques ou néfastes. La nostalgie est une impasse, l’espoir est notre moteur. Et il est plus que jamais nécessaire de rappeler que la lutte des classes traverse tout, y compris nos assiettes et nos cultures.


Être Français, c’est ne pas craindre l'évolution. C’est construire, dès aujourd’hui, sur un terreau mille fois travaillé, sans fantasmer un âge d’or qui n’a jamais existé.


Être Français, c’est habiter une France vivante : celle de la Nouvelle France.


Thomas Da Cruz


Thomas Da Cruz - Bloc Populaire - Nouvelle France


bottom of page